Savoir-être, digression sur une quête impossible, ou...

 

Nicolas De Beer

 

Pourquoi faudrait-il avaler tout cru des formules toutes faites ? Peut-être certains se souviennent-ils de cette publicité dans les tunnels du métro parisien.

Dubo, Dubon, Dubonnet

Un joli moyen mnémotechnique pour se souvenir de la marque.
Si ce moyen mnémotechnique se justifie pour marqueter un produit, je me demande ce qu’il a à voir avec l’accompagnement, le coaching. Le coach, le consultant, le praticien a-t-il besoin de cette méthode pour se souvenir de sa compétence que beaucoup pensent essentielle ?
Vous me direz que si je ne précise pas ma pensée, vous vous demanderez pourquoi ou comment répondre à cette question.
J’y viens doucement, j’y mets les formes, car sinon je vais me prendre les pieds dans le tapis, ou une volée de bois vert, je vais oser remettre en question une vérité, un concept curieusement accepté, sans maux-dire !
Je vous en informe, je suis certainement le seul à ne pas comprendre cette expression, en effet, tout le monde l’utilise, tout le monde le comprend donc. Veuillez donc excuser le béotien qui s’exprime ici.
Ce mot composé c’est… le savoir-être, compétence magique, quête impossible, inaccessible, certainement issu bien plus d'un processus mnémotechnique que d’une envie de clarification.

Nous y voici donc :
Savoir – savoir-faire – savoir-être, une succession mnémotechnique pseudo-logique

Mais qu’est-ce que cela veut dire ?

Est-ce que après « savoir » il y aurait « savoir-faire » et donc par voie de conséquence « savoir-être » ? Nous faudrait-il un troisième terme serait a priori. 2 ce serait trop court, 3 serait un bon chiffre… Ou encore, faudrait-il évoquer l’humain ?
Ce slogan se perd-il déjà tant dans la nuit des temps qu’il serait devenu une vérité incontestable ? Beaucoup de personnes se réfèrent à ce slogan évident. Poli, je me retiens de demander ce que cela veut dire.
J’ai, en me promenant sur le net lu quelques expressions exquises : « Parler du savoir être c'est un peu comme parler du silence. Plus on en parle, plus on s'en éloigne » ou encore le savoir-être serait savoir « arrêter de penser ». Si on en parle on n’en parle pas !

Digressons

Savoir-être, une compétence que l’on répète sans discourir, ni disserter, ou en définir les contours. « Ben oui, il faut avoir un savoir-être pour bien exercer ce métier ! » Se pose-t-on la question sur ce que recouvre cette compétence ? Est-ce si difficile de la décrire qu’on préfère la réduire à une expression pauvre en explication et riche en supposés ?

Pour savoir-faire, il est nécessaire d’apprendre, puis d’expérimenter, d’essayer quoi ! Alors le savoir-faire devient une réalité, une capacité à agir dans un contexte donné.
Bigre ! Alors, pour savoir-être, faudrait-il apprendre à être, puis expérimenter d’être, d’essayer d’être, alors « être » deviendrait enfin une réalité pour chacun d’entre nous ?
Quand nous naissons, devrions-nous apprendre à être ? Quand on nait « on est », non ? Pas vous ? Je vous pose la question chers lecteurs. Ou alors est-ce un « état d’être » (aïe !) vers lequel tendre ?

Ou alors, manquerait-il un terme, un mot pour préciser ?

Comme Savoir-être coach ? Ou Savoir-être consultant ? etc. Mais alors ne serait-ce pas plus clair d'utiliser la tournure de la langue italienne qui dit de quelqu'un "il fait le coiffeur" alors qu'en français nous disons "il est coiffeur". Et donc de dire Savoir-faire le coach ? Savoir-faire le consultant…
Et si certains "savaient être" ! D'autres "ne sauraient pas être" ! Comment envisager cela ?

Risquons-nous un pas plus loin, ailleurs

Et si nous changions les termes !
« oser savoir, oser faire, oser être… coach ? Oser être… vulnérable ? »

Tiens ! Voilà autre chose :
- « Oser savoir » dans une société où la culture se perd, où les digests sont nombreux, où internet remplace la lecture de livres aux thèmes étoffés, où les slogans abstraits politiquement corrects remplacent les discours.
- « Oser faire », oser entreprendre, oser prendre des risques
- « Oser exister », dans sa différence, son originalité dans une société quelque peu normée.
Ou serait-ce « Oser dire » Oui, c’est bien le moins, « dire » en toute conscience.

Ou alors, pourrait-on dire « savoir-vivre » ?

Mais, dans quel sens l’entendre ? Je sais vivre, je suis toujours vivant.
OU est-ce dans le sens courant de « Savoir-vivre » compris comme ma capacité à évoluer proprement, correctement dans une société ?
OU apprendre à vivre enfin" comme disait Jacques Derrida dans 'Apories'

Une question peut être :

Est-ce que le slogan, "la formule" a du sens dans des métiers qui touchent à la relation d’aide réduisant une compétence à une expression et, deux grands auteurs peuvent nous éclairer :

Jacqueline de Romilly nous réveille « Il y a des pensées plus simplistes qui assènent des vérités toutes faites, pauvres et sans nuances et qui risquent de déboucher sur une pensée appauvrie, squelettique et sans nuance. La pensée demande des correctifs, des nuances, de la subtilité, pas des dogmes tout faits, issus des fast-foods de la réflexion ».
Jacques Derrida le souligne aussi « Je crois nécessaire d’être d’abord attentif à ce phénomène de langage, de nomination, à cette compulsion de répétition (à la fois rhétorique, magique et poétique). A ce qu’il signifie, traduit. Non pas pour s’enfermer dans le langage, comme des gens pressés voudraient le faire croire, mais au contraire pour essayer de comprendre ce qui se passe précisément au delà du langage et qui pousse à répéter sans fin et sans savoir de quoi on parle… ».

Continuer inlassablement à utiliser automatiquement (inconsciemment ?) et successivement : Savoir, savoir-faire, savoir-être… tout cela pour se rappeler d’être conscient.

Revenir à soi, parler à partir de soi me semble plus sûr que d’introjeter une formule toute faite.
Car enfin, n'est-pas une quête impossible que d'atteindre cet état de "savoir-être tant que n'ont pas été définies les valeurs qui le sous-tendent, identifié les compétences et décliné les gestes professionnels susceptibles de l'incarner ?

Eh bien voilà !

Je suis heureux d’être, d’être vivant, d’être un être vivant. Et je ne sais toujours pas ce que veut dire "Savoir-être" et pourquoi se serait le troisième terme indispensable de cette formule.
Et je pratique mon métier le mieux que je peux, et si j’ai appris à le pratiquer, à respecter une posture et une éthique professionnelle, je n’ai pas appris à être. Aurais-je un manque d’être, Oh ! lecteur ? Ou pas ?
En fait, ce qui m’interpelle, c’est que l’on utilise un moyen automatique de mémorisation pour parler d’une compétence qui nous rappellerait à nous-mêmes pendant les interventions de coaching.

Pourquoi faudrait-il avaler tout cru des formules toutes faites

La question à ce stade est : cette suite pseudo-logique a-t-elle encore une cohérence, un sens autre que syllogique pour vous ?
Voulez-vous ajouter ou changer un terme ? Pouvez-vous m'informer du sens à donner, vos avis ?

Si vous êtes nombreux dans ce cas, nous ouvrirons une page sur le site www.mediat-coaching.com pour recueillir vos trouvailles qui guideront chacune et chacun vers plus de concrétude.
C’est en tous les cas bien trop difficile pour moi d’aspirer à ce concept non défini, abstrait. C’est une quête impossible, inaccessible. Au point où j’en suis, je vous livre donc cette citation de Cioran : "Ce matin, après avoir entendu un astronome parler de milliards de soleils, j'ai renoncé à faire ma toilette : à quoi bon se laver encore ?"

Pourrions-nous dire "Savoir exister" ? Ah là alors, cela prendrait du sens ! Oui mais ce ne serait plus une suite logique mnémotechnique.
A moins, comme le propose Jacques Derrida, que vivre ce soit "apprendre à mourir" (et donc pas à savoir-être) !

Post Scriptum

Je ne toucherai pas à une autre suite pseudo-logique, c’est promis !
Pourtant, si j’avais osé, j’aurais bien évoqué une autre suite pseudo-logique « Dépendant, contre-dépendant, indépendant, inter-dépendant », je me serais alors risqué à interroger le 4ème terme cette fois : « inter-dépendant ». Cela voudrait-il dire que nous devrions aspirer, à l’issu d’un développement personnel professionnel, à atteindre un but bien curieux : une bande de dépendants en inter-relations. Moi qui pensais que nous pourrions aspirer à être reliés entre personnes autonomes et responsables. Mais j’aurais été trop loin, je n’évoquerai donc pas cela.

La première qualité du coach pourrait-elle être de rester vigilant, d'être en conscience, de se poser des questions avant d'avaler toutes crues des formules ou vérités toutes faites ? Serait-ce un début de réponse au sens de "savoir-être ?

Allez, j’arrête ici de digresser et de travailler « du bonnet ».

 

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