Les processus nécessaires ?

 

Nicolas De Beer

 

Sortir d'un deuil-perte, sortir d'un problème ?
Un processus dont il faut vite sortir ?
Ou un chagrin que l'on transforme en de nouvelles histoires et nouvelles connexions ? Ou...

J'ai souvenance que, lorsque ma grand-mère est morte, j'ai porté le deuil ; j'avais un brassard noir au bras et je l'ai porté pendant un mois. Quand quelqu'un me disait bonjour, il pouvait voir ce que je vivais et pouvait me poser des questions, respecter ce moment.... Je pouvais évoquer des histoires de ma grand-mère, des événements qui reliés étoffaient mon souvenir. Puis, le brassard devint par trop voyant, il fut remplacé par un morceau de tissu discret. Maintenant, ceci n'existe plus dans notre société. Alors, qui peut poser des questions de curiosité sur l'histoire de la personne disparue. Qui peut continuer à faire vivre l'histoire ? Aurions-nous privilégié une autre voie, l'oubli ?

Très peu montrés dans notre pays, le deuil et la perte nous frappent chacun à différents moments de notre vie. La disparition d'un être cher, la perte d'une position sociale, d'un travail, d'une relation, de notre propre mort...
La pensée dominante issue du siècle des Lumières dans notre société occidentale a permis de passer du pouvoir de la morale (le bien, le mal) détenu par les dirigeants politiques, au pouvoir de la vérité (vrai, faux) détenu par les scientifiques, cette recherche du 'vrai', enveloppe, impose voire étouffe notre espace de pensée si nous n'y prenons garde. Par exemple, vivre un deuil est devenu un processus dont l'objectif est d'en sortir ! Comme sortir d’un problème. Est-il vrai que nous entrerions dans un processus de deuil dont nous ne pourrions sortir qu’après différentes étapes ?

D’où nous vient cette curieuse notion de « processus » qui, en tant que métaphore peut être utile bien sûr, mais qui n’est pas plus vrai qu’autre chose. Dans la pensée moderne, on entre et on sort d’un deuil, on entre et on sort d’une situation problématique. Ou on y reste ! (1). Et il est possible de considérer, par exemple, que la suite du processus d'E. Kübler Ross soit" l'intégration" de la perte et non "son dépassement".

Dans une autre pensée on peut envisager une situation de deuil qui se transforme en une autre relation. Dans une situation où le problème est dissout, n’en est plus un, plutôt que de le résoudre...

Alors, résoudre ou dissoudre, ou... ?
Pourtant nous pourrions décider d'un autre point de vue, d'un autre objectif : arrêtons d'en sortir ! Il en est de même pour les problèmes. Il faut résoudre, s'en débarrasser. Dans une approche différente, on dira que l'objectif c'est que le problème ne soit plus un problème.
Pourquoi vouloir se débarrasser ainsi de ce qui nous dérange, plutôt que de transformer, et donc de changer l'histoire que nous nous racontons.

Et s'il ne fallait pas quitter mais créer de nouveaux liens ?
Ceci sera une autre histoire que nous pourrions raconter, une histoire préférée, celle d'une perte qui n'en serait plus une, d'un deuil qui se vivrait différemment...

Michael White a révolutionné l'appréhension de ce moment dans un article maintenant très célèbre "Say hullo again" évoquant le fait de dire bonjour à nouveau après avoir dit au revoir...

Il y a plein de suspensions ici, et la pensée avance, quand elle est ouverte aux possibilités qu'elle n'a pas encore envisagées.
 

NOTE
(1) Voir les différents processus ou les échelles de C.M. Murray, E. Kübler Ross, R. Tessier, J. Monbourquette, A. Biot et A. Maquet.

 

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