• Problémation® et coaching

 

"Le souffle de la pensée ne se manifeste pas par le savoir" (Hannah Arendt)

On dira qu’il y a un problème quand une personne est placée dans une situation, contexte ou système** non satisfaisant, mais, qu’en plus, il y a "un empêchement apparent" de le modifier. Et en même temps, la personne n’arrive pas à le résoudre seule, après de nombreuses tentatives. Cet empêchement n’est qu’apparent, car s’il était réel, le problème serait insoluble pour la personne, et nous aurions à faire avec une "limitation" ou encore à une "impossibilité" (quelque chose d’autoréférentiel, comme l’ouroboros, le serpent qui se mord la queue).
De plus, on considère qu’il ne peut y avoir de problème dans une situation (contexte ou système) où aucun être conscient et capable d’action n’est impliqué. C’est la personne qui, donnant des valeurs spécifiques à différents éléments ou interaction de la situation, qualifie la situation.

"Il y a problème s’il n’existe pas de solution immédiate au déséquilibre de la situation ou à la dé-coordination du savoir, s’il subsiste de l’inconnu qui ne se laisse pas facilement réduire" (Michel Fabre***).

Un client qui vient nous voir pour une question, un problème, une plainte, un but, etc. nous signale qu’il est partie prenante dans une situation qui le dérange. Il souhaite que cette situation évolue pour le mieux (de son point de vue) et il nous faudra considérer l’écart existant entre la situation de départ, non satisfaisante à son avis, et le but ou situation d’arrivée, elle satisfaisante pour lui.
Il en découle le cheminement suivant : se présente une situation satisfaisante, suivie d’un événement critique, générant une situation insatisfaisante, avec un constat d’un empêchement apparent. L’étape suivante étant le but ou "situation satisfaisante".

Situation Satisfaisante ⇒ Evénement critique ⇒ Situation non satisfaisante ⇒ Empêchement apparent ⇒ Situation satisfaisante

De nos jours, la mode est aux solutions, on ne s'intéresse qu'aux solutions, ne se vendent que les "solutions". La société produit des solutions sans même identifier de problèmes. C'est comme si les problèmes étaient des poisons qui devaient au plus vite être évacués au profit de solutions. Sauf que, ne connaissant pas assez les problèmes, on s'aperçoit que les solutions ne sont souvent que très partiellement adaptées aux situations.
En effet, comment résoudre un problème si on ne le reconnait pas comme problème ? La pulsion irrépressible d'aller au plus vite à la solution nous amène trop souvent à déclarer des solutions là où le problème n'a pas été identifié. A se demander si, pour les grands esprits le problème offre trop peu d’attraits, tant les captive la solution/la réponse.

2 sortes de problèmes
À ce stade, nous pourrions considérer qu’il y aurait deux sortes de problèmes :
- ceux qui nous tombent dessus, qui nous dépassent, ou qui sont des événements malheureux, qui nous désorientent et pour lesquels nous ne voyons rien à quoi nous raccrocher qui nous permette de mettre la situation en problème.
Il nous faut faire une distinction entre ce qui est hors question et ce qui fait question. Cette première sorte de problème semble "hors de question".
- ceux qui sont de l’ordre de la vie quotidienne. Souvent ce sont des problèmes que le sujet élabore et qui ouvrent un avenir de pensée ou d’action. Le client doit prendre en charge le déséquilibre et tenter de le réduire.
En tant que coachs, nous aurons à faire à la deuxième sorte de problèmes. Et nous nous attacherons à faire décrire richement l’événement critique et la situation déclarée comme insatisfaisante par le client.

La Problémation®
Ce qui nous amène à proposer comme démarche novatrice, « la Problémation » ou mise en problème. Celle-ci a pour objet de s’attarder au niveau du problème, de le faire détailler, de rester au niveau de la description, au niveau de la situation, plutôt que de se précipiter vers des solutions. Ce n’est pas tant pour que le coach puisse en savoir plus que pour que le client puisse en découvrir plus sur la situation qu’il évoque souvent bien succinctement. En recomplexifiant la situation qui pose problème cela permettra au client de faire des découvertes, de s’apercevoir de différences… Et si les solutions divisent, il se peut que les problèmes rassemblent.
Pour clore provisoirement et soutenir notre propos, nous citerons trois éminents personnages : un mathématicien, un scientifique & philosophe et un pédagogue :

"Un problème bien construit est à moitié résolu. " (Niels Abel)

"Nul problème ne peut être résolu voire perçu si l’on prend soin d’éliminer au départ toute possibilité de le poser" (Bertrand Russell)

"Le plus important et le plus difficile aussi c’est de savoir construire les problèmes, lesquels ne sont jamais donnés mais doivent être conquis de haute lutte sur les préjugés ou les faux problèmes" (Michel Fabre)
En tant que coachs, nous nous intéresserons plus à la question qu’à la réponse que nous obtenons, au problème posé qu’à la solution espérée. Car si le problème est détaillé, précisé, il est possible qu’il se dissolve, qu’il disparaisse ; et alors, la solution n’a peut-être plus lieu d’être.

 

NOTES
* La problémation est la mise en problème, la construction d’un problème. Construire un problème qui puisse admettre des solutions.
** Car, pour Gilles Deleuze, tout organisme est solution d’un problème.
*** Professeur d'université en sciences de l'éducation et philosophe.

 

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