L'ABCdaire : Echec ou Sentiment d'Echec ?

L’ABCdaire d'Isabelle Laplante et Nicolas De Beer
Les auteurs se proposent d’expliciter en quelques lignes les idées que ses auteurs entretiennent sur le monde. Il répertorie des mots choisis par les auteurs. Chaque mot donne lieu à un court article. Ces textes n’ont pas pour vocation de faire le tour d’un thème ou d’une question, ils ne prétendent pas à l’exhaustivité, ils ne se veulent pas synthèse ni analyse ni dissertation ni article de recherche. Ils expriment la vision, la compréhension, la position, l’opinion, etc. de leurs auteurs et explicitent les idées qu’ils entretiennent sur le monde et leur métier de coach, à un moment donné.

 

Lorsque, dans l’accompagnement de nos clients, nous interrogeons la notion de pouvoir et que nous nous questionnons sur les relations de pouvoir à l’œuvre dans la construction des problèmes et des dilemmes qui nous sont exposés, nous avons l’habitude de réfléchir en termes de pouvoir top-down -- pouvoir exercé de haut en bas, entre les mains de certains individus, qui sert les intérêts de ceux qui en ont le monopole. Il est juste d’explorer les relations de ce type et d’aider nos clients à retrouver des marges de manœuvre et de liberté lorsqu’ils se trouvent soumis à de telles pressions, oppressions, répressions. Et aussi de veiller à ce qu’ils ne s’engagent pas eux-mêmes dans des comportements qui pourraient s’avérer abusifs vis-à-vis de leurs collaborateurs.

Il existe toutefois une autre forme de pouvoir, dans l’ombre de ce mécanisme classique de contrôle. Il s’agit d’un pouvoir transversal qui opère par jugement normatif et s’exerce par évaluation de soi (et des autres) en se (les) comparant à une norme. Chacun d’entre nous devient le centre du pouvoir : auto-surveillance, auto-régulation, auto-discipline. Le regard des autres est complètement intégré et il est difficile de s’en échapper. De nombreux media véhiculent ce qu’il convient de penser, de croire, de faire, de ressentir. Chacun est tenu de réduire l’écart entre la position où il se trouve et la position où il devrait être.

Il nous est encore peu habituel de réfléchir en termes de pouvoir normatif. Pourtant, dans nos métiers du coaching, du consulting et de la relation d’aide en général, les échelles d’évaluation sont partout. Typologies, diagnostics, assessments, tests, 360°, entretiens d’évaluation, etc. Nos clients souffrent aujourd’hui de toutes les « maladies du regard » : sentiment d’incompétence, sentiment d’échec, manque de confiance en soi, dévalorisation de soi, sentiment d’impuissance, d’inutilité, etc. Tous nos collègues ont entendu un jour ou l’autre un client leur dire « Je me demande vraiment si je suis fait pour ce métier ! ».

Les réponses à ces sentiments dévorants d’échec peuvent elles aussi participer parfois à la propagation de la détresse : prévention des RPS, cellules d’écoute, certaines interventions de formation, certaines interventions de conseil, certaines interventions de coaching contribuent de manière paradoxale au sentiment de « ne pas être à la hauteur », « dans les clous ».

Alors que faire ? Comment nous y prendre pour aider nos clients à se vivre ? A mettre en place des « contre-pouvoirs » ? Comment ne pas tomber nous-mêmes, les coaches, dans un sentiment d’impuissance ? Ou  pire,  devenir complices  du pouvoir normatif ?

Deux axes de travail :
tout d’abord être nous-mêmes suffisamment alignés avec notre éthique et conscients ; ensuite savoir que plus nos clients souffrent d’un sentiment d’échec personnel, plus cela signifie que quelque chose de précieux pour eux est menacé : une valeur forte, un principe éthique, un engagement moral. A quoi se comparent-ils (quelle est leur norme de référence) ? Et comment se fait-il qu’ils n’arrivent pas à se conformer malgré tous les efforts qu’ils font ?
Voilà des questions à se/leur poser pour mettre à jour et donner de l’assise à la personne qu’ils souhaitent être dans leur vie professionnelle.
 

2 commentaires(s)

 

1. par um mahob

Eh oui là c'est le quotidien du coach.... la question est restée en suspend: que faire? il faut pourtant la norme, la référence et le regard d'autrui.

2. par Nicolas

Vous avez deux propositions de réponse dans la fin de l'article


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