Et pourquoi ne pas apprendre des bouffons ?

(Peinture de Georges Rouault)

par Bruno RAYNAL

Quel est le rôle d’un hebdomadaire irrévérencieux, provocant et humoristique ? Nous pouvons alors voir une nouvelle représentation du bouffon, personnage d’origine grecque et romaine toléré par les cours médiévales grâce à ses chahuts, ses blagues et railleries, même contre le Souverain, car son rôle primordial était de dire en public ce que la plupart des vassaux n’osaient à exprimer qu’en privé.

Le bouffon a toujours été un personnage des arts et des lettres. Falstaff chez Shakespeare et la comédie lyrique de Verdi ; les bouffons tels Calabacillas et Nicolasito Pertusato représentés par Velázquez, ou le célèbre Triboulet chez Le roi s’amuse de Victor Hugo (1).

Il est bien connu que Bleda, frère d’Attila, le « Fléau de Dieu » était toujours accompagné d’un bouffon dit Zerco. En outre, plusieurs oeuvres des auteurs classiques comme ces de Martial ou Sénèque incluent des citations sur des bouffons qui montrent leur présence dans la société romaine. Par ailleurs, même la Grèce antique comptait sur une sorte de divinité tutélaire des bouffons : le dieu Momos.

Mais, qui est ce Momos ? Momos était la divinité des critiques. Il était le bouffon parmi les autres dieux, celui qui passait tout son temps à critiquer sans oublier personne ; il blâmait tout le monde sans vergogne et en liberté parce que, à ses yeux, tout était mauvais et imparfait. Donc, tout en ayant fait de Vulcain un homme, il aurait voulu avoir fait aussi une fenêtre sur son coeur afin de voir ses pensées les plus secrètes (2).

Étant la personnification du rire, la dérision et la satire, Momos est normalement représenté en tant qu’arlequin masqué doté d’une banderille ayant une tête d’une poupée moqueuse : le symbole de la folie (3).
Bien que les bouffons se trouvaient le plus souvent entourés de luxe et de richesse, ils n’étaient même pas aisés. Les bouffons étaient considérés comme des serviteurs du roi ou d’un noble, donc leur mode de vie était, dans de nombreux cas, misérable et très restreint par rapport à ce qu’ils possédaient. D’ailleurs, les bouffons se trouvaient dans la cible de toutes les agressions et insultes lorsqu’ils ne remplissaient pas les attentes de ceux qui les avaient embauchés. C’était quelque chose de très normal, puisque venant de la bouche des bouffons, généralement cachés comme des blagues ingénieuses ou même des critiques subtiles, il y avait des vérités écrasantes que, personne sauf lui, n’était pas capable de prononcer dans une ambiance courtisane énormément nourri d’opportunistes et flatteurs. D’un autre côté, cette qualité aurait donc pu expliquer la raison pour laquelle leurs patrons pouvaient même sentir de l’affection pour leurs bouffons (4).

Sans exagérer ou magnifier la fonction des bouffons, on peut dire qu’ils assimilent le coach professionnel dans quelques activités qui dépendent du contexte et besoins. Le coach a donc beaucoup à apprendre des bouffons et de leur style « provocant et critique ». J’oserais dire que Momos n’était pas seulement la divinité des bouffons mais aussi de la critique et de la liberté d’expression.

Sources
(1) GARCÍA POSADA, Juan José (janvier 2015). Matar al bufón, lo brutal de la barbarie [Tuer le bouffon, la brutalité de la barbarie]. Revista C.
(2) ZARAGOZA GODÍNEZ, D.A.P. (1826). Nuevo compendio de la Mitología [Nouveau recueil de mythologie].
(3) Source : CANTOS BAUTISTA, Juan Antonio. Los bufones medievales [Les bouffons médiévaux]. Plaza 101.
(4) www.definicionabc.com/historia/bufon.php#ixzz3OjyzFVpu

 

Version espagnole

¿Y por qué no aprender de los bufones?
 

¿Cuál es el papel de un semanario irreverente y provocador, desafiante y humorístico? Podemos ver una nueva representación del bufón, personaje de origen griego y romano, tolerado en las cortes medievales por sus payasadas, sus chistes y burlas, incluso al soberano, porque su rol primordial consistía en decir en público lo que muchísimos súbditos solo se atrevían a hablar en privado.
El bufón ha sido todo un personaje en las artes y las letras. El Falstaff de Shakespeare y de la comedia lírica de Verdi, los bufones como Calabacillas y Nicolasito Pertusato retratados por Velázquez, el famoso Triboulet de Víctor Hugo en El rey se divierte (1).

Es sabido que Bleda, el hermano de Atila, el «Azote de Dios», iba siempre acompañado por un bufón llamado Zerco. Igualmente, muchas obras de autores clásicos como Marcial o Séneca incluyen citas sobre bufones que demuestran su extensión en la sociedad romana. Por su parte, la Antigua Grecia contó, incluso, con una especie de «patrón» de los bufones: el dios Momo.
¿Quién era Momo? Momo era el dios de la crítica; era el bufón, entre los demás dioses, que se la pasaba criticando, sin perdonar divinidad alguna, pues todo para él era malo e imperfecto y a todo el mundo reprendía con descaro y libertad. De ese modo, habiendo hecho de Vulcano un hombre, él habría querido que se le hubiera hecho una ventana sobre el corazón para ver sus más pensamientos más secretos (2).

La personificación de la risa, la burla, la sátira: Momo es habitualmente representado como un arlequín enmascarado, con un palitroque rematado con una cabeza de muñeco burlón, símbolo de la locura (3).
Si bien los bufones solían moverse en círculos de alto lujo y riqueza, no eran personajes adinerados ni mucho menos. Al ser considerados uno más de todos los sirvientes que un rey o un noble podía tener, su estilo de vida era, en muchos casos, miserable y muy limitado con respecto a las condiciones de vida que este poseía. Además, el bufón era el blanco de todas las agresiones e insultos cuando los actos realizados no cumplían con las expectativas de aquellos que los contrataban. Esto era algo natural, pues de la boca del bufón solían salir, en forma de ingeniosos chistes o sutiles críticas, aplastantes verdades que, nadie excepto él, era capaz de pronunciar en medio de un ambiente cortesano plagado de farsantes y aduladores. Esta cualidad, en sí, explica también el afecto que podían sentir los amos hacia sus bufones (4).

Sin exagerar o magnificar la función del bufón, podemos decir que este asimila, en algunas de sus actividades al coach profesional, cuyos roles varían según los contextos y las necesidades. El coach tiene mucho que aprender del bufón y de su estilo «provocador y crítico». Me atrevo a decir que Momo no era solo el dios de los bufones y de la crítica, sino también, de la libertad de expresión.

Sources
(1) GARCÍA POSADA, Juan José (janvier 2015). Matar al bufón, lo brutal de la barbarie [Tuer le bouffon, la brutalité de la barbarie]. Revista C.
(2) ZARAGOZA GODÍNEZ, D.A.P. (1826). Nuevo compendio de la Mitología [Nouveau recueil de mythologie].
(3) Source : CANTOS BAUTISTA, Juan Antonio. Los bufones medievales [Les bouffons médiévaux]. Plaza 101.
(4) www.definicionabc.com/historia/bufon.php#ixzz3OjyzFVpu

1 commentaires(s)

 

1. par sonia zannad

Merci pour cet article! Oui le bouffon est à la fois garant de l'ordre établi et de la liberté, c'est un curieux paradoxe...J'ajouterais que l'humour est indispensable à notre pratique : non seulement parce qu'il nous évite de nous prendre au sérieux en tant que personne, de trop croire à notre importance (ce qui ne signifie pas que l'on ne croie pas à l'efficience du coaching en soi) mais aussi parce que le pas de côté que permet l'humour est un instrument critique puissant et nous rattache à ce qu'il y a de plus universel chez l'homme, et permet donc de partager.


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