L'ABCdaire : Boite à outils

L’ABCdaire d'Isabelle Laplante et Nicolas De Beer
Les auteurs se proposent d’expliciter en quelques lignes les idées que ses auteurs entretiennent sur le monde. Il répertorie des mots choisis par les auteurs. Chaque mot donne lieu à un court article. Ces textes n’ont pas pour vocation de faire le tour d’un thème ou d’une question, ils ne prétendent pas à l’exhaustivité, ils ne se veulent pas synthèse ni analyse ni dissertation ni article de recherche. Ils expriment la vision, la compréhension, la position, l’opinion, etc. de leurs auteurs et explicitent les idées qu’ils entretiennent sur le monde et leur métier de coach, à un moment donné.

 

Parmi les mots ou expressions des coachs et des futurs coachs « qui courent les rues », la « boite à outils » s’est fait une bonne place dans la liste des idées reçues, lieux communs, mots fourre-tout comme : la "position de recul", l’"écoute" (mais laquelle), le "changement", la "bienveillance", la "résistance", le "savoir-être", le "lâcher-prise", la "demande cachée", etc. Le fait d’utiliser à tout bout de champ des expressions communes sans trop penser au sens de ces mots/expressions leur font perdre leur contenu, leur sens. Ils veulent tout dire et rien dire.

Alors, que met-on dans cette expression "Boite à outils" suffisamment imprécise, vague, pour satisfaire l’envie ?
Les approches comme l’Analyse transactionnelle, la PNL, la Systémique, etc. ? Ou les typologies comme le MBTI, le PCM, l’Insight discovery, Profils sociaux, le Belbin, etc. ?
Ou bien tout ce qui touche à l’agir du coach, comme les étapes du coaching ou le déroulé de séance, le cadre, la posture, voire, savoir gérer ses émotions, le savoir-être, sans oublier l’intersubjectivité, élément indispensable à prendre en compte pour agir ou pas ?
Ou encore le contrat, les entretiens préalables bi-partite et tripartite ?
Ou tout ça plus le reste dont nous n’avons pas idée ?
Alors, est-ce un sac à malices, une boîte de Pandore ou une "magic box" qui, quand on l’ouvre, nous donnerait réponse à tout ? Ou bien tout ceci se réduirait-il aux outils, bistouris, tourne-vis, pinces ? Mais, le coaching est-ce opérer un client ? Nous ne le pensons pas. D’ailleurs, que penserions-nous d’un thérapeute qui nous dirait : "J’ai une boite pleine d’outils ou je suis formé à nombre d’outils" ? Personnellement, je prendrais mes jambes à mon cou. Eh bien non, étonnamment, dans le coaching cette métaphore à l’air de convenir, de rassurer, voire d’être nécessaire pour « être un bon coach ». Personne n’y trouve à redire.

Et si, plutôt que d’utiliser cette expression nous choisissions des mots précis, adaptés et qui parleraient à l’autre, c’est-à-dire au client ?
Par exemple, si nous disions que le coach, comme tout professionnel de la relation se doit d’être en capacité, dans une séance de naviguer fréquemment entre des gestes professionnels (partage, silence posé, grille, question, questionnaire…), qui sont issus d’une ou plusieurs approches ou modèles (Analyse transactionnelle, PNL, Systémique et constructivisme, Gestalt…), eux-mêmes connectés à des champs théoriques comme par exemple la thérapie, la pédagogie, ou encore l’anthropologie, les sciences, voire la philosophie ?
On dirait alors que le coach peut s’adosser à une approche ou modèle, l’interroger et réfléchir dans les champs précités, et alors activer le geste professionnel pertinent.

Ceci nous amènerait à dire que :
Pour utiliser un outil (qui est, bien souvent, une procédure/un mode d’emploi/un protocole), il faut le connaître par cœur afin de ne pas lire une fiche face à un client, tout en maintenant la relation et étant toujours vigilant à l’intersubjectivité qui nous agit ?
Qu’un outil n’a aucune intelligence intrinsèque, que ce n’est qu’un pseudopode, une prothèse, un prolongement du cerveau, de la main, un activateur, totalement dépendant du savoir-faire et de l’intelligence du praticien comme un télescope,  un radar... Un outil seul est bête, il ne marche pas.
Qu’il est issu d’une approche qui lui donne un sens et parce qu’utiliser un outil sans le relier au sens juste ou parce que je ne sais pas quoi faire est un geste pour le moins inapproprié et non professionnel.
Et que le praticien se doit d’exercer un droit de réflexion et de pertinence, tant à propos de l’approche qu’à propos de l’outil, car seul le client est important.

Concernant l’approche, il nous semble évident qu’il est nécessaire d’en avoir plusieurs à interroger car sinon nous risquons de nous enfermer dedans et de croire que notre approche est la bonne, la meilleure, et peut-être même d’en tomber amoureux.

Concernant les champs de référence, tant pédagogiques, thérapeutiques, anthropologiques, scientifiques et philosophiques, ils nous semblent nécessaires afin de nous adosser à une multidimensionnalité et de pratiquer l’inclusion et la pluridisciplinarité.

L’outil serait alors un acte délibéré, un geste, une parole, un déroulé, une initiative du coach dans la relation. Cet acte interviendrait quand le client et le coach sont coincés, ou bien quand le client est sur le point de bouger, en « déséquilibre », en désir de changement présent, comme un petit geste de soutien, pour pousser le déséquilibre un pas plus loin.

Et pour en terminer ici, si le coaching a aussi à sa disposition des outils, le coaching n'est pas un outil. C'est un métier, avec son territoire d'interventions, ses compétences associées, des méthodologies adaptées, une éthique, une déontologie et aussi des outils.
 

 

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