Bonheur et courage seraient-ils de pareil augure ?

Isabelle laplante et Nicolas De Beer


"C'est en retrouvant le courage d'agir que nous briserons la spirale pessimiste" (Cynthia Fleury).

Cynthia Fleury*, philosophe politique, nous a proposé de comparer deux concepts "Bonheur" et "Courage" et d’y chercher d'éventuels  liens de parenté. Suite à sa conférence, voici quelques retours et réflexions. Mettre en acte le courage et aller en quête du bonheur sont des mouvements implicites souvent demandés par nos clients en coaching.

Le bonheur impliquerait du travail. Le bonheur n’est pas inné, c’est un apprentissage que de vivre le bonheur. On peut s’inspirer de quelqu’un qui est heureux et en même temps, c’est éminemment personnel, bien difficile à imiter. Volonté, initiative, travail, persévérance ?  Et, il y aurait apprentissage du bonheur comme il y a apprentissage du courage.
Quand on est courageux, on est bien souvent seul, on décide seul d’un acte courageux, et il en serait de même pour le bonheur. Ce serait un acte solitaire de décider d’être heureux et cela amènerait à la solitude également car vivre heureux, c’est vivre dans un environnement de personnes "non-heureuses", c’est montrer sa différence, et c’est un choix.

Alors, pour trouver le bonheur, il y aurait 1000 chemins. A chacun son viatique approprié. Trouver le bonheur serait plus une décision qu’une quête sans fin. Une décision, un travail. De plus, ce serait prendre le risque du bonheur, et ceci pour au moins quatre raisons :
- Prendre un risque, car aujourd’hui, dans notre société, il faudrait ramasser la mise parce que nombre d’entre nous veut un bon ratio bénéfice/coût. On veut quelque chose en retour du risque.
- Prendre un risque également parce qu’il va falloir assumer d’être heureux. En effet, bien souvent, les autres autour de nous ne le sont pas, sont ce qu’ils sont, en sont où ils en sont et expriment parfois qu’eux ne sont pas heureux et qu’on a bien de la chance’).
- Prendre un risque parce que c’est penser à l’encontre de la pensée commune. C’est exprimer son bonheur alors que la crise est là, et "on en subit tous les conséquences"…
- Prendre un risque car, être heureux est un rapport de transgression, car cela crée un hiatus dans l’aliénation sociale. En effet, la société nous demande d’être heureux à sa certaine manière, pas à celle de chacune et chacun. Notre société instrumente le bonheur, elle le simule par la consommation (objets, voyages…) qui est une illusion du bonheur. En effet, je vais être content d’acheter, de posséder. Mais c’est bien un simulacre car l’objet possédé ne m’intéresse déjà plus, une nouvelle version est sortie, un nouvel objet, etc. De plus, la société court après la caractéristique chimique du bonheur. "Ah je suis malheureux", quel expert va pouvoir me conseiller la bonne pilule, la bonne méthode qui va vite pallier ce malaise, ce manque.

Le bonheur est un acte de présence à soi. Le bonheur c’est un moment sérieux parce qu’il me convie à l’ici et maintenant. Le bonheur est une prise de risque. Le bonheur est une initiative, décision. Le bonheur dépend de soi, c’est un acte volontaire.

Quand le client d’un coaching souhaite plus de sérénité, de paix, de bonheur dans son travail, le coach peut garder dans un coin de son esprit que le bonheur, la paix, la sérénité sont un travail, une décision et qu’il y a un risque : perdre certains atouts, accepter la solitude, exercer son discernement et son choix, faire acte de courage. Le bonheur ne nous met pas en sécurité. Il y a risque de perdre du lien social à dire que l’on est heureux. Plus question de râler à tout bout de champ à propos de tous les sujets ressassés, les idées reçues…

Ce qui empêche la dépression du sujet c’est de "faire sujet". Le courage c’est retrouver le sentiment de faire sujet. On fait sujet quand on est tout à son action, à la présence à soi, quand on prend des initiatives, des risques, que l’on contacte sa responsabilité, de la capacité à agir, que l’on prend des décisions et les assume... Le philosophe Vladimir Jankelevitch appellait ceci le "seuil inaugural de la décision", Lacan parlait de "mettre la barre sur soi" et Gurdjeff, de "rappel de soi".
Bonheur et courage impliquent du travail, de la volonté, une prise d’initiative, de pratiquer la solitude. Certains pensent que c’est inné, ou que c’est par chance. Point du tout, c’est un apprentissage, de pratiquer le bonheur, de faire un acte courageux.

Michel Foucault nous propose une piste pour passer d’une vie ordinaire à e qu'il appelle une "vraie vie" ** :
- La véridiction, c’est-à-dire la façon de dire vrai à partir de son expérience, de sa position et non à partir des experts, des sages, des prophètes, gourous, maîtres à penser…
- La gouvernementalité, c’est-à-dire entre autres, participation active dans la société, autonomisation du citoyen dans la société civile, résistance, "contre-conduite" ;
- Le souci de soi, et de là, les pratiques de soi, "les arts de soi-même". Et aussi la relation entre la subjectivité et la vérité, le rapport entre le sujet et le réel.
La bonne nouvelle c’est que comme nous sommes les véhicules d’un pouvoir disséminé dans la société (biopouvoir), nous pouvons alors devenir aussi les acteurs du pouvoir ou contre-pouvoir.

Et de nous rappeler que dans la vision chinoise, c’est que la paix d’une société est la conséquence ou le résultat de l'harmonie et non l’inverse***. Alors, pratiquer le bonheur et faire des actes de courage participeraient-ils à l’harmonie et la conséquence en serait-elle la paix, sociale ?


Pour aller plus loin à propos du "courage" vous pouvez aussi lire sur notre site les 2 articles suivants : "Le courage du résultat" et "La voie du courage et le coaching".


* Cynthia Fleury est l'auteure de "Les pathologies de la démocratie" et "La fin du courage". Elle est professeur à l'Université américaine de Paris, à l'Institut d'études politiques de Paris et à l'Ecole Polytechnique.
** Nous ne prétendons aucunement ici rapporter fidèlement ni complètement la pensée de Michel Foucault mais la faire nôtre pour appuyer cette démonstration.
*** Voir chapitre de Zhao Tingyang dans l’ouvrage collectif "Le renversement du ciel"


 

1 commentaires(s)

 

1. par M. D.

Merci pour votre bel article sur « bonheur & courage » ; Voltaire écrivait « j'ai décidé d?être heureux, parce que c'est bon pour la (ma) santé ! » ; et c'est vrai que cette décision, au risque d'être « classé » parmi les atypiques, mais est-ce plus un risque qu'une opportunité, je ne sais pas ? je préfère la prendre? et la faire durer.


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