L'ABCdaire : Déplacements

L’ABCdaire d'Isabelle Laplante et Nicolas De Beer
Les auteurs se proposent d’expliciter en quelques lignes les idées que ses auteurs entretiennent sur le monde. Il répertorie des mots choisis par les auteurs. Chaque mot donne lieu à un court article. Ces textes n’ont pas pour vocation de faire le tour d’un thème ou d’une question, ils ne prétendent pas à l’exhaustivité, ils ne se veulent pas synthèse ni analyse ni dissertation ni article de recherche. Ils expriment la vision, la compréhension, la position, l’opinion, etc. de leurs auteurs et explicitent les idées qu’ils entretiennent sur le monde et leur métier de coach, à un moment donné.


« L’analyste est tenu, dans la forme classique, à une discrétion totale et à favoriser le transfert, alors que le thérapeute… doit à tout instant éviter que le transfert ne s’instaure ». (François Roustang)

Quand on parle de déplacement, il est nécessaire de s’intéresser au préalable à la conception que l’on se fait de la destination. Si le destinataire est conçu comme un objet, on se situera dans un paradigme psycho-dynamique et l’on pourra parler de transfert (report par A sur le coach d’un mode communicationnel habituel avec B). Si le destinataire est conçu comme un sujet, on pourra parler d’inter-subjectivité et, en se situant dans un paradigme systémique, évoquer  le lien analogique (ressemblance entre la relation A-le coach et la relation A-B).

Nombre d’écrits sur le coaching (écrits théoriques, chartes de déontologie, analyses de séances, compte-rendu de supervisions) posent l’inéluctabilité du transfert dans la relation coach-client. A notre sens, le transfert est un outil de travail, un "opérateur", qui ne se manifeste et ne s’utilise que dans un contexte analytique. Il n’existe pas en soi, il doit être décidé et installé. Le praticien qui convoque le transfert dans son intervention doit se mettre dans une posture bien particulière : retrait dans la relation, discrétion, peu de contact oculaire, écoute flottante, connexions interprétatives. C’est une position difficile, qui s’acquière à force de travail, d’expérience et de contrôle et qui contraint, pour être cohérente, à une posture de sachant. Bien  peu de coaches peuvent se targuer de maitriser la psychanalyse au point de savoir provoquer et manier le transfert.
Vous pouvez lire notre article : "Travailler sans transfert".

D’autres points de vue sont à trouver dans d’autres théories. Citons l’ardoise pivotante, concept phare de l’Approche contextuelle, la projection (psychologie) ou l’analogie (systémique). Si ces opérateurs ne recouvrent pas tout à fait le même territoire, convenons qu’aucun n’est plus vrai que l’autre. En fait, aucun n’est vrai, posons-nous plutôt la question de savoir lequel est plus opérant et cohérent dans la relation évoquée, et posons avec Paul Watzlawick que « la vérité c’est l’erreur qui nous arrange ».

Un coach travaillant dans un paradigme systémique, et nous sommes nombreux dans ce cas, devra choisir à quelle notion autre que le transfert  il se référera, puisque ce dernier est à peu près la seule notion incompatible avec le regard systémique. De la même manière que la délimitation d’un système est une décision du modélisateur, ainsi que le choix des éléments pertinents et la définition de la "clôture opérationnelle", le choix du type de déplacement à utiliser est une décision du coach. Dans une pensée constructiviste et à finalité d’autonomie, le choix de l’opérateur "analogie" est le plus avantageux. Il a l’avantage d’être souple, de refléter des patterns observables et de permettre la proposition d’hypothèses acceptables ou réfutables. En suivant William James, on pourrait presque tenir l’analogie systémique pour vraie : «“Le vrai” consiste simplement dans ce qui est avantageux pour notre pensée ».

Le praticien, durant l’entretien préalable doit informer le client de sa démarche systémique lors des séances de coaching: relation d’adultat, travail avec l’ici et maintenant, confrontation... Il considère le client non pas comme un plaignant devant régresser pour retrouver l’origine de ses difficultés, mais plutôt comme un adulte souhaitant avancer, re-déployer son potentiel dans un contexte identifié et délimité. Et si, quand le client parle d’un passé, le praticien lui demande « En quoi ce que vous êtes en train de me raconter est-il en lien avec l’objectif pour lequel nous travaillons ensemble ? » la parité et le partage du même temps pourraient être garants d’une relation non transférentielle, privilégiant l’analogie d’échelle (1) ou l’analogie de contexte (2), et facilitant la projection d’avenir.
 

NOTES

(1) Cf.Paul Watzlawick et le concept de partie pour le tout : « pars pro toto ».
(2) Cf. la métaphorisation en sciences (bionique, par exemple).
Vous pouvez consulter notre article de l’ABCdaire l’Analogisme

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