Vers un monde de réconciliation, à propos de Nelson M.

Isabelle Laplante, Nicolas De Beer

 

Evoquant Aristote, le philosophe Martin Heidegger prononça cette formule magnifique que nous pourrions reprendre à propos de Nelson M. : "Il est né, il a vécu, il est mort. Entre temps, il a œuvré. Intéressons-nous donc à son œuvre."
C’est un grand homme, pas un saint, ni un héros, ni un prophète, ni une icône, ou une star. Le grand homme est l’homme ordinaire, qui n’est pas au-dessus des autres.

Pour Régis Debray "Le grand homme est ce dont a besoin un pouvoir sans fondement divin ni transcendant. Il est l’image du siècle tel qu’il aurait dû être. Et c’est le rôle d’un grand homme d’exprimer un idéal et un remord, et on grimpe sur ses épaules pour paraître plus grand."

Comprendre son œuvre et passer du poing tendu à la main tendue, continuer cet exemple plutôt que de le suivre. Si l’homme est physiologiquement mort, son œuvre peut rester vivante bien longtemps.

A quand la réconciliation entre les citoyens (et non les individus), les entreprises et l'Etat ? Choisir la dynamique de la civilisation de réconciliation plutôt que le suivisme.
Et pouvons-nous concevoir la démarche de coaching également comme une démarche de réconciliation avec soi et avec les autres ?

3 commentaires(s)

 

1. par Stéphane Kovacs

Si se réconcilier est une entreprise difficile cette entreprise menace aussi de disparaître en un claquement de doigts faute d'en prendre suffisamment soin.

Jusqu'à  il y a trois semaines j'étais membre d'un forum qui réunit consommateurs et praticiens de l'humour juif. J'aimais y butiner de temps en temps. D'abord pour ce qui fait la spécificité de cet humour, l'auto-dérision et la force de sourire des situations les plus dramatiques, et pour une autre raison tout aussi importante. Juif n'est pas un adjectif qui qualifie uniquement l'appartenance à la religion de l'ancien testament mais aussi des façons d'être, des cultures, des sensibilités politiques, voire des communautés très différentes et qui parfois rivalisent ou s'opposent : orthodoxes, libéraux, de gauche, de droite, d'extrême gauche, d'extrême droite, d'Afrique du Nord, d'Europe Centrale, d'ailleurs dans le monde, etc.
Être membre de ce forum c'était aussi le bonheur d'un endroit où se manifeste le pouvoir merveilleux de l'humour juif de réconcilier les juifs au-delà de ce qui les divise et les éloigne habituellement les uns des autres.

Un jour les prises de position politiques de l'écrivain Marc Lévy donnèrent l'occasion à quelques internautes d'y exprimer des critiques très sévères à son encontre. Engagé auprès d'Amnesty International depuis 10 ans, les positions de Marc Lévy sur le conflit israélo-palestiniens sont en effet publiques, plutôt à contre courant des clichés habituels et ne lui valent pas toujours la sympathie de l'ensemble de sa communauté. Ces positions illustrent ce qui a le pouvoir de séparer et d'opposer des personnes membres d'une même famille.
De quoi s'agit-il ? Extrait d'une interview accordée par Marc Lévy à ce sujet (interview publiée sur http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Protegeons-les-personnes/Personnes-en-danger/Dossiers/Marc-Levy-soutient-10-jours-pour-signer-9881) :

"Sans prise de risque, il n’y a pas d’engagement. Le fait que dans le cadre de cette campagne, moi qui porte le nom de Lévy dénonce certains agissements de l’armée israélienne dans un village occupé de Cisjordanie me créera peut-être certaines inimitiés en Israël ou au sein de la communauté juive. Est-ce pour autant une raison de ne pas le faire ? Il n’y a pas de devoir de réserve, au nom d’une appartenance communautaire quand des injustices et des actes répréhensibles sont commis. En tant que fils de déporté, n’ayant jamais connu ses grands-parents paternels, morts tous deux dans les chambres à gaz d’Auschwitz, j’estime que l’héritage de la Shoah ne nous donne pas de droits mais uniquement des devoirs. Celui de ne jamais fermer les yeux sur l’injustice, les brimades, les humiliations, la violence. Alors, oui, quand l’armée israélienne commet des actes condamnables sur la population palestinienne, ceux-ci doivent être dénoncés, et je le fais d’autant plus résolu que nous avons souffert et que nous savons ce qu’il en est."

Quel rapport avec l'humour juif ? Pourquoi les modérateurs acceptaient-ils de publier des critiques qui n'avaient pas leur place à cet endroit ? Vous l'aurez deviné, je partage les mêmes positions que Marc Lévy. J'ai posé ces questions. J'ai alerté du risque que la publication de ces critiques à cet endroit ne détourne ce forum de ce qui nous réconcilie : l'humour juif et seulement lui. En vain.
Les créateurs du forum et les modérateurs condamnaient eux-mêmes les propos de Marc Lévy. Je me suis désabonné de ce forum. Fin de ce sympathique espace de réconciliation.
Ce qui réconcilie, ici l'humour juif, est fragile et menace de disparaître faute d'attention et de soins..

Mandela fut capable de transcender l'opposition riches blancs/noirs pauvres alors qu'il appartenait à la seconde catégorie et qu'il avait combattu la première avec une spectaculaire détermination. Se réconcilier avec ceux qui vous ont infligé le mépris, l'humiliation et la douleur, à toi, ta famille et ta communauté, est quelque chose qui demande des qualités et une force exceptionnelles. Hors du commun. Si nous étions tous dotés des qualités de Mandela, il nous serait plus facile de nous réconcilier plutôt que d'entretenir les divisions, les rivalités fratricides ou la guerre qui, si on y songe, demandent peut-être moins de courage.
Se réconcilier demande la mise en œuvre de qualités exceptionnelles et aussi une vigilance de tous les instants pour durer. Quelles que soient les lieux, les communautés, les cultures ou les familles. Entre juifs, parmi les membres d'un forum sur l'humour juif. Entre blancs et noirs en Afrique du Sud. Amérindiens et institutions politico-économiques en Amérique du Nord. Premiers habitants d'Australie et descendants des colons européens.

Se rencontrer, reconnaître et accepter nos différences, se réconcilier, prendre soin de la réconciliation dans le but de la faire durer : quatre étapes d'un processus parsemé d'embûches.
En rencontrant des situations très concrètes cette année nous serons parfois confrontés à des décisions à prendre : aller plutôt vers la réconciliation ou plutôt vers le statut quo et la division ? L'entreprise de réconciliation dont Mandela est l'exemple exige tellement de force, de courage, de sacrifices et de rancunes à surmonter que nul ne saurait être blâmé de renoncer à s'y aventurer. Quelle que soit l'échelle : une fratrie, entre voisins de pallier, au sein d'une communauté, d'une nation, d'un peuple ou dans la famille des praticiens narratifs français.

2. par Françoise, coach

Bonjour,
J'aime cette idée de réconciliation et c'est le sentiment qui m'anime actuellement. Nelson Mandela est mort le jour de mon anniversaire. Il est toujours présent.
Je vote et j'adhère à la dynamique de la civilisation de réconciliation.
Gageons que la démarche de coaching soit réalisée par tout un chacun dans cette objectif.
Merci à vous pour cette belle idée en ce 1er janvier.

3. par Bruno Raynal

Chers Isabelle et Nicolas, comme j'aime votre photo et le choix du mot "billet" pour qualifier ce bel et doux article. Le terme de réconciliation est peu utilise dans l'univers de l'entreprise. On lui préfère "négociation", "médiation" et plus rarement "arbitrage". C'est donc une réflexion très actuelle et qui prolonge les notions de coopération et collaboration.
Merci pour vos souhaits et vos bonnes intentions. Merci pour votre travail et votre source d'inspiration. Très bonne année à vous deux et à Médiat-Coaching !


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