Coaching et Problémation*®

Ce billet est un avant-propos à l'article "Introduction à la Problémation®"..


Nicolas De Beer

 

"Le souffle de la pensée ne se manifeste pas par le savoir" (Hannah Arendt)

On dira qu’il y a un problème quand une personne est placée dans une situation, contexte ou système** non satisfaisant, mais, qu’en plus, il y a "un empêchement apparent" de le modifier. Et en même temps, la personne n’arrive pas à le résoudre seule, après de nombreuses tentatives. Cet empêchement n’est qu’apparent, car s’il était réel, le problème serait insoluble pour la personne, et nous aurions à faire avec une "limitation" ou encore à une "impossibilité" (quelque chose d’autoréférentiel, comme l’ouroboros, le serpent qui se mord la queue).

De plus, on considère qu’il ne peut y avoir de problème dans une situation (contexte ou système) où aucun être conscient et capable d’action n’est impliqué. C’est la personne qui, donnant des valeurs spécifiques à différents éléments ou interaction de la situation, qualifie la situation.

"Il y a problème s’il n’existe pas de solution immédiate au déséquilibre de la situation ou à la dé-coordination du savoir, s’il subsiste de l’inconnu qui ne se laisse pas facilement réduire" (Michel Fabre***).

Un client qui vient nous voir pour une question, un problème, une plainte, un but, etc. nous signale qu’il est partie prenante dans une situation qui le dérange. Il souhaite que cette situation évolue pour le mieux (de son point de vue) et il nous faudra considérer l’écart existant entre la situation de départ, non satisfaisante à son avis, et le but ou situation d’arrivée, elle satisfaisante pour lui.

Il en découle le cheminement suivant : se présente une situation satisfaisante, suivie d’un événement critique, générant une situation insatisfaisante, avec un constat d’un empêchement apparent. L’étape suivante étant le but ou "situation satisfaisante".

Situation Satisfaisante Evénement critique Situation non satisfaisante Empêchement apparent Situation satisfaisante

De nos jours, la mode est aux solutions, on ne s'intéresse qu'aux solutions, ne se vendent que les "solutions". La société produit des solutions sans même identifier de problèmes. C'est comme si les problèmes étaient des poisons qui devaient au plus vite être évacués au profit de solutions. Sauf que, ne connaissant pas assez les problèmes, on s'aperçoit que les solutions ne sont souvent que très partiellement adaptées aux situations.
En effet, comment résoudre un problème si on ne le reconnait pas comme problème ? La pulsion irrépressible d'aller au plus vite à la solution nous amène trop souvent à déclarer des solutions là où le problème n'a pas été identifié. A se demander si, pour les grands esprits le problème offre trop peu d’attraits, tant les captive la solution/la réponse.

2 sortes de problèmes

À ce stade, nous pourrions considérer qu’il y aurait deux sortes de problèmes :

- ceux qui nous tombent dessus, qui nous dépassent, ou qui sont des événements malheureux, qui nous désorientent et pour lesquels nous ne voyons rien à quoi nous raccrocher qui nous permette de mettre la situation en problème.
Il nous faut faire une distinction entre ce qui est hors question et ce qui fait question. Cette première sorte de problème semble "hors de question".
- ceux qui sont de l’ordre de la vie quotidienne. Souvent ce sont des problèmes que le sujet élabore et qui ouvrent un avenir de pensée ou d’action. Le client doit prendre en charge le déséquilibre et tenter de le réduire.

En tant que coachs, nous aurons à faire à la deuxième sorte de problèmes. Et nous nous attacherons à faire décrire richement l’événement critique et la situation déclarée comme insatisfaisante par le client.

La Problémation®

Ce qui nous amène à proposer comme démarche novatrice, « la Problémation » ou mise en problème. Celle-ci a pour objet de s’attarder au niveau du problème, de le faire détailler, de rester au niveau de la description, au niveau de la situation, plutôt que de se précipiter vers des solutions. Ce n’est pas tant pour que le coach puisse en savoir plus que pour que le client puisse en découvrir plus sur la situation qu’il évoque souvent bien succinctement. En recomplexifiant la situation qui pose problème cela permettra au client de faire des découvertes, de s’apercevoir de différences… Et si les solutions divisent, il se peut que les problèmes rassemblent.

Pour clore provisoirement et soutenir notre propos, nous citerons trois éminents personnages : un mathématicien, un scientifique & philosophe et un pédagogue :

"Un problème bien construit est à moitié résolu. " (Niels Abel)

"Nul problème ne peut être résolu voire perçu si l’on prend soin d’éliminer au départ toute possibilité de le poser" (Bertrand Russell)

"Le plus important et le plus difficile aussi c’est de savoir construire les problèmes, lesquels ne sont jamais donnés mais doivent être conquis de haute lutte sur les préjugés ou les faux problèmes" (Michel Fabre)

En tant que coachs, nous nous intéresserons plus à la question qu’à la réponse que nous obtenons, au problème posé qu’à la solution espérée. Car si le problème est détaillé, précisé, il est possible qu’il se dissolve, qu’il disparaisse ; et alors, la solution n’a peut-être plus lieu d’être.


NOTES
* La problémation est la mise en problème, la construction d’un problème. Construire un problème qui puisse admettre des solutions.
** Car, pour Gilles Deleuze, tout organisme est solution d’un problème.
*** Professeur d'université en sciences de l'éducation et philosophe.

 

6 commentaires(s)

 

1. par raymond vaillancourt

Tout à fait d'accord avec ce point de vue. Au fond, il faut envisager le "problème" sous l'angle de la perception en particulier de celui ou de celle qui s'y sent soumis afin de dégager ces éléments perceptuels de la "réalité" de ce qui est appelé "problème".

2. par N De Beer

Oui tout à fait. Car ceci fait, il est possible qu'autre chose qu'une solution soit la conclusion souhaitée. la solution n'est pas la seule possibilité et le seul mot possible, même si beaucoup ne voient qu'elle.
D'autres mots possibles : issue, sortie, soulagement... et. quant au mouvement du problème vers le mieux être : ce peut être non la résolution, mais la dissolution du problème - la disparition du problème rendant la solution obsolète, que le problème se transforme, qu'il n'en soit plus un...
Ou, comme les pensaient V Satir et C Whitaker : "le but n’est pas de résoudre le problème, mais l’épanouissement du client".

3. par H. KOCH

La "problématisation" reste essentielle est la première étape incontournable avant d'élaborer toute stratégie. Quoiqu'il en soit, aller regarder du coté de la ou des solutions, non pas pour remédier au problème mais pour le comprendre, en comprendre son fonctionnement est un atout premier. "quand la solution est le problème" (P. Watzlawick)

4. par N De Beer

C'est en effet une possibilité et je vous remercie pour votre commentaire. Je serais moins radical. Le fait de caractériser l'expérience, la situation avec laquelle le client vient nous voir peut lui permettre d'envisager sa représentation de façon plus complexe, plus ambigüe, donc abaisser la pression.
Concernant le problème, plusieurs voix se font entendre : le problème c'est la solution, ou la solution comme problème, ou encore "le problème c'est le problème" comme le proposait Michael White.
Concernant la compréhension, les scientifiques le savent : "Comprendre n'est pas résoudre".

5. par Bruno Raynal

La seule évocation du mot "probleme" me donne "le bourdon"...mes amis du Nord de la France preferent l´expression " j´ai un chat dans le mur", ce qui est franchement plus sympathique. Merci pour nous permettre de partager votre Vision sur la " problemation". C´est un sujet déterminant aujourd´hui et si inspirant. Sans problemes, il n´y aurait pas de réflexion... Nous sommes aujourd ´hui soumis a la pression de faux problemes...Selon nos clients, " Nous avons des problemes de communication, de leadership, de manque de temps!"...En fait le probleme est que nous nous "divertissons" (divertire (latin):se detourner de), ne voyons pas ou plus, et évadons les vrais problemes. Le coach facilitera et encouragera la vraie reflexion grace a la "restauration" du problème.

6. par Tessa Dagnely

Ce n'est pas non plus par hasard que la demande "réelle" d'une personne qui vient en coaching requiert quelquefois autant de temps avant d'être clairement élaborée et exprimée.


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