L'ABCdaire : Anthropologie

L’ABCdaire d'Isabelle LAPLANTE et Nicolas DE BEER
Les auteurs se proposent d’expliciter en quelques lignes les idées que ses auteurs entretiennent sur le monde. Il répertorie des mots choisis par les auteurs. Chaque mot donne lieu à un court article. Ces textes n’ont pas pour vocation de faire le tour d’un thème ou d’une question, ils ne prétendent pas à l’exhaustivité, ils ne se veulent pas synthèse ni analyse ni dissertation ni article de recherche. Ils expriment la vision, la compréhension, la position, l’opinion, etc. de leurs auteurs et explicitent les idées qu’ils entretiennent sur le monde et leur métier de coach, à un moment donné.

 

Définition brève : Étude de l'homme et des groupes humains notamment dans leur dimension socio-culturelle.

Il semble pertinent, pour ce qui est de la position (posture) et de l'observation, de nous rapprocher de cette discipline qui se propose d'aller à la rencontre d'autres humains, d'autres groupes, d'autres cultures. D'autant que l'une de ses questions importantes est "comment aborder l'autre ?" Comment aborder l'autre compte-tenu de mon filtre culturel, de mon envie de le faire entrer dans mon modèle du monde. Alors, donner du sens, comprendre l'autre, accueillir l'autre, voire accueillir l'inconnu ?

Certains préfèreront cataloguer l’autre, l'inconnu afin de le mettre dans la classe des connus, des cas répertoriés puis l'interpréter suivant leur vision du monde. C'est moins inquiétant mais pas obligatoirement respectueux des différences. D’autres accueilleront l’inconnu, chaque client, chaque cas étant différent, unique.

À notre avis, dans le coaching, nous accueillons à chaque fois un inconnu, un étranger, une personne que nous ne connaissons pas, dont nous ne connaissons pas la culture professionnelle et personnelle, ni la perception qu'il a de sa situation... Certaines approches préfèreront donc faire appel à une classification de situation ou de type de personne (un test avant de commencer un programme de coaching) afin de se rassurer, et de simplifier la personne en la classant en 6, 8, 10, 12 profils ou typologies, ou de relier cette situation avec d'autres déjà répertoriées ou connues. Ainsi, personnes et situations existeraient déjà dans un monde connu. Et si ce n’est pas le cas ? Hum ! Serait-ce une exception, une anormalité, un martien, un loup solitaire ?Il semble que le thème exposé ci-dessus traverse tant l'anthropologie, que le coaching et la thérapie. Certains praticiens préfèreront accueillir l'inconnu, d'autres préfèreront définir situation et personne au plus tôt.

L’un, l’autre ?

Le praticien décide d'un regard objectif ou subjectif. Dans le premier cas il a des grilles, dans le deuxième il accueille le différent, l'inconnu. Dans le premier cas il tente d'expliquer les comportements, de comprendre et de donner du sens, dans l'autre il tente d'accepter et d'accueillir.
Pierre Bourdieu, pour éviter ce piège du connu, se proposa d'étudier la culture d'où il était issu en "exotisant le domestique".

Parmi sociologues et anthropologues,

- Clifford Geertz se positionne "par-dessus l'épaule de l'indigène" plutôt que de tenter d'entrer dans sa tête.
- Philippe Descola propose de différencier les perceptions du monde (les 4 ontologies) afin d'éviter de se piéger dans un modèle que nous pourrions considérer comme "vrai". Il nous propose, par exemple, le modèle occidental dit ontologie naturaliste qui privilégie le savoir, la vérité, la découverte, la conquête, la rentabilité, l'efficacité et la séparation de la culture et de la nature. Et de ce fait, d'interpréter les autres cultures à travers ce filtre nous empêchera d'aborder l'autre et de le comprendre.
- François Laplantine pour sa part, propose trois alternatives :
compréhension par le dedans ou compréhension par le dehors
universalité ou différenciation
le point de vue du même ou le point de vue des autres.

"La tendance principale de la rationalité scientifique européenne… privilégie la préhension (qui peut devenir prédation), le recueil au détriment de l’accueil, des dispositifs d’objectivation au détriment des dispositions du chercheur, bref, des opérations de forçage (consistant à ramener l'inconnu au connu) au détriment de ce que l'on appelle en psychanalyse un processus de frayage." (François Laplantine)

Alors, en tant que coach, vais-je d’abord qualifier l'individu (typologie, test de personnalité, grille de lecture, grille d’interprétation…) ou vais-je l'aborder "par-dessus l'épaule" ou "en différenciation", comme "un inconnu" à ne pas ramener au connu ? Me laisser "naturaliser par l'autre" ? Vais-je être un technicien objectif et objectivant ou un observateur subjectif et concient de la subjectivation ?

Nous retrouverons ainsi, chez les anthropologues et chez les praticiens coachs ou thérapeutes, ces choix incontournables, différents, voire opposés qui nous amènent à nous positionner et à construire notre posture et par là notre éthique professionnelle.

Ceci étant dit, en coaching, nous proposons une position de "non-savoir et de perplexité, décentrée et influente".

 

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