L'ABCdaire : Crise

L’ABCdaire d'Isabelle LAPLANTE et Nicolas DE BEER
Les auteurs se proposent d’expliciter en quelques lignes les idées que ses auteurs entretiennent sur le monde. Il répertorie des mots choisis par les auteurs. Chaque mot donne lieu à un court article. Ces textes n’ont pas pour vocation de faire le tour d’un thème ou d’une question, ils ne prétendent pas à l’exhaustivité, ils ne se veulent pas synthèse ni analyse ni dissertation ni article de recherche. Ils expriment la vision, la compréhension, la position, l’opinion, etc. de leurs auteurs et explicitent les idées qu’ils entretiennent sur le monde et leur métier de coach, à un moment donné.

 

De "Crisis" (Grec) c’est un moment extrême, un moment paroxystique. La situation est aiguë et elle va se dénouer du fait du caractère exceptionnel soit vers la vie soit vers la mort. Au mot "crise" est attachée l’expression "sortie de crise". Il n’y a pas de crise sans sortie de crise.

Nous nous appuierons pour notre démonstration sur le grand mathématicien René Thom fondateur de la Théorie des catastrophes, et sur Myriam Ravault d’Alonnes philosophe, spécialiste de philosophie morale et politique.

Définition de la crise par René Thom : "Est en crise tout sujet dont l’état, manifesté par un affaiblissement apparemment sans cause de ses mécanismes de régulation, est perçu par le sujet lui-même comme une menace à sa propre existence".

Quelques aphorismes de Myriam Revault-D’Alonnes : "Une crise permanente est-elle encore une crise ?" - "Aujourd'hui l'idée de crise n'appelle pas un dénouement" - "La crise n'est plus un concept rigoureux" - "La crise est une métaphore de l'inquiétude".

A cette suite, voici 3 informations qui nous paraissent d’importance

1/ Puisqu’une des particularités d’une crise c’est qu’elle est aiguë, que le mot implique une sortie et un état transitoire, c’est qu’elle n’est pas dans la durée. « L’idée de crise qui serait permanente est un non-sens, c’est un oxymore » (Myriam Revaud-Dalonne). Il n’existe pas de crise en plateau. Si la situation dure, nous devrions plutôt parler de ‘dépression ‘ ou de ‘récession’, ou encore de ‘chronicité’.

2/ Il ne peut exister de crise qui ne soit pas systémique. Une crise n’existe pas en dehors d’un environnement, une crise est couplée à un environnement. En effet, elle ne se manifeste pas partout, mais dans un certain espace et à un certain niveau. Donc il y a une délimitation, frontière. Une situation évaluée comme crise par des individus conscients est donc en relation, en interaction avec un environnement plus vaste.

3/ Une crise est subjective, elle n’existe pas objectivement : « Une crise comporte toujours un élément subjectif et elle ne peut apparaître que chez un être pourvu de conscience… Le caractère éminemment subjectif de la crise est particulièrement sensible dans le cas des crises économiques » (René Thom).

Il nous semble peu possible d’utiliser l’article défini « La » pour définir le mot « crise ». Ce ne peut être qu’ « une crise » perçue par certains individus, en relations dans un certain milieu, pour une durée déterminée donc finie.
La question est alors : comment analyser rigoureusement les transformations. Car les crises sont des transformations et, comme le dit avec finesse Etienne Klein, scientifique réputé : "Dès qu’on se met dans le progrès, on se met dans l’instabilité qu’on peut appeler ‘la crise’".
Alors, changement, transformation, crise, rupture, adaptation, discontinuité ?
Ce sont bien des termes auxquels nous sommes confrontés, nous coaches, non ?
Et, si nous voulons garder ce système économique en l’état et continuer dans ce sens, arrêtons de chercher un retour à un modèle stable. « Il y a seulement un capitalisme qui est un ouragan perpétuel de destruction créatrice » (Joseph Schumpeter).

En ce qui concerne le coaching, « La Crise » générant souvent un frein à l’action, à l’initiative, il peut s’avérer utile de faire spécifier de quoi parle la personne, contextualiser le problème qu’elle rencontre, différencier ce qui est de l’ordre de la difficulté que rencontre une nation et les possibilités de chacun dans une configuration particulière. Il est possible de réussir un projet malgré les conditions énoncées par les médias. On pourra aussi demander à la personne de nous dire d’où vient le discours qu’elle évoque, sur lequel s’appuie ses freins et lui proposer d’inventorier toutes les exceptions à ces généralisations. De nombreux projets naissent en ce moment dit "de crise" et de nombreux projets s’arrêtent aussi. Si au niveau micro (de l’individu) tout est toujours possible, au niveau macro, le discours nous raconte une histoire de désastre (au niveau du pays, voire de l’Europe) qui rend les projets bien difficiles à envisager, et pousse à les reporter à "des jours meilleurs".

 

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