L'ABCdaire : Attente


L’ABCdaire d'Isabelle LAPLANTE et Nicolas DE BEER
Les auteurs se proposent d’expliciter en quelques lignes les idées que ses auteurs entretiennent sur le monde. Il répertorie des mots choisis par les auteurs. Chaque mot donne lieu à un court article. Ces textes n’ont pas pour vocation de faire le tour d’un thème ou d’une question, ils ne prétendent pas à l’exhaustivité, ils ne se veulent pas synthèse ni analyse ni dissertation ni article de recherche. Ils expriment la vision, la compréhension, la position, l’opinion, etc. de leurs auteurs et explicitent les idées qu’ils entretiennent sur le monde et leur métier de coach, à un moment donné.

Oh ! Qu’il est riche de sens variés ce mot, et d’implications aussi.
 

Attente, comme attendre dans "il suffit d’attendre",

se mettre en patience. Sans doute la principale compétence de coach. C’est la compétence qui nous permet de rester vides lorsque notre client réfléchit silencieusement, de rester silencieux lorsqu’il nous questionne, de rester confiants lorsque nous ne savons pas où nous allons… D’ailleurs François Roustang en a fait un livre : "Il suffit d’attendre pour que la vie change".
 

Attente, comme espérance, promesse.

En ce sens, l’attente se met en opposition à l’espoir ou au rêve. C’est la promesse de réussite, de reconnaissance, d’amour, de jeunesse, d’éternité… Celle qui accompagne toutes les exigences de la perfection, de la performance, de la compétition, du contrôle de soi, voire de la maltraitance au quotidien. Ce type d’attente est asymptotique, jamais réalisée, toujours pour plus tard. C’est le grand leurre sur lequel fonctionnent les mécanismes de contrôle social du pouvoir disciplinaire décrits par Michel Foucault. On l’appelle aussi "le discours du pouvoir moderne". Soyons vigilants à ne pas en devenir complices et à en garder nos clients.
 

Attente, comme expectative, impatience.

Ce genre d’attente nous rend nerveux. C’est celle dont on nous enseigne de nous méfier professionnellement : "ne pas avoir d’attentes sur nos clients". En effet, si un coach commençait à attendre quelque chose de son client, il se mettrait en frustration puis vraisemblablement en colère contre son client, peut-être même en rivalité et en conflit de pouvoir. Il perdrait son sens de l’initiative personnelle, sa capacité à agir. Echec assuré pour le client. Pour nous en prémunir, on nous enseigne de ne poser que des questions dont, sincèrement, nous ne connaissons pas la réponse.

 

Attente, comme crainte.

Corollaire de la précédente, cette attente s’accompagne de la peur de ne pas "y arriver". Voilà évidemment ce qui arrive lorsqu’un coach investit des objectifs ou pire, court après les siens. Elle est bien entretenue par un mécanisme d’anticipation de type "et si jamais…". La seule réussite exigée dans un coaching, c’est celle du client. Comme c’est une personne motivée, engagée, intelligente et compétente, la réussite lui est assurée pour autant que le coach reste à sa place, lui fasse une confiance totale et se dédie à activer les processus de dissolution de problème qui lui ont permis de réussir sa vie professionnelle jusqu’à aujourd’hui.

En tous cas, la bonne nouvelle c’est que quel que soit le sens qu’on lui donne, le concept d’attente a un immense avantage : il nous donne un avenir, il nous promet qu’il y aura un demain, et donc que nous sommes en vie.

Pour aller plus loin, vous pouvez-lire "Le pouvoir, le savoir et le coaching"

2 commentaires(s)

 

1. par Damien Malène

Très intéressants les commentaires sur les différentes connotations de l’ « attente ».
Je me permettrai de rebondir (juste un ou deux petits rebonds), sur la première signification proposée à, l’idée de laquelle j’adhère dans l’ensemble.
Ne comprenez donc pas trop vite, et si vous ne pouvez vous en empêcher, ATTENDEZ de voir si votre patient n'accède pas lui même à une compréhension pouvant lui convenir davantage que ne l'aurait pu la vôtre. Sa compréhension peut porter une logique bien différente de celle qui s'imposait à vous.
Mais il peut bien se faire que la compréhension qu'il exprimera de son "symptôme" corresponde à une stratégie défensive (développée à son insu). Elle peut venir masquer, par exemple, une autre vérité moins supportable pour lui, (celle que vous auriez comprise ou une autre encore). Vous (lui ou elle et vous) ne le saurez que plus tard (ou jamais).
Dans ce contexte,
ne pas attendre assez c’est le priver de ce pour quoi il vous paye,
attendre trop c’est accepter d’être dépassé par l’imprévu, de s’engager dans une impasse (tiens j’ai déjà lu quelque chose à ce sujet ici), de laisser s’évaporer quelques matériaux utiles, etc.
Alors quoi faire ? L’expérience, l’intuition, votre inconscient vous souffleront le « temps d’attente » à respecter ou s’il faut laisser filer, ou quand, plus tard, rapporter sur la scène ce qui a attendu et qui a été remplacé par une autre thématique.

2. par Isabelle Laplante

Cher Damien,
Merci beaucoup pour votre commentaire (et d'autres d'ailleurs que vous avez publiés dans ces pages). Effectivement, quelle subtilité dans le "temps d'attente" et la conduite !
Jolis rebonds...


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