L'ABCdaire : Abyme

L’ABCdaire d'Isabelle LAPLANTE et Nicolas DE BEER
Les auteurs se proposent d’expliciter en quelques lignes les idées que ses auteurs entretiennent sur le monde. Il répertorie des mots choisis par les auteurs. Chaque mot donne lieu à un court article. Ces textes n’ont pas pour vocation de faire le tour d’un thème ou d’une question, ils ne prétendent pas à l’exhaustivité, ils ne se veulent pas synthèse ni analyse ni dissertation ni article de recherche. Ils expriment la vision, la compréhension, la position, l’opinion, etc. de leurs auteurs et explicitent les idées qu’ils entretiennent sur le monde et leur métier de coach, à un moment donné.


Principe d’auto-similarité, la mise en abyme opère aussi sous forme d’interrogation : « Ai-je rêvé d’un papillon, ou suis-je le rêve d’un papillon – à moins que le papillon n’ait rêvé de moi qui rêvait de lui, ou aurais-je rêvé d’un papillon qui rêvait de moi rêvant d’un papillon ? » (Tchouang-Tseu).

La mise en abyme est un procédé artistique récursif qui nous fait perdre nos repères. Tous les vertiges ne sont pas des mises en abyme, mais toutes les mises en abyme donnent le vertige.

En ce qui concerne les situations qui posent problème, nos clients se mettent d’habitude en abyme tous seuls mais nous pouvons aisément, en tant que coaches, contribuer à augmenter leur malaise en réitérant les mêmes questionnements, par exemple « quel sens donnez-vous à cela ? », ou en emboitant les outils dans les outils, ou en ré-ouvrant des champs à chaque fois qu’on arrête une conclusion, etc. Bon, ça suffit, il y a un moment où il faut s’arrêter !

Avez-vous vu « Dans la maison » de François Ozon, mise en abyme narrative ? Ou encore « Alceste à bicyclette » de Philippe Le Guay, emblématique du théâtre dans le théâtre ? La mise en abyme stimule la réflexion, force à penser, fait vaciller les certitudes et permet à l’air de ‘circuler entre les colonnes du temple’.

Vous connaissez sans doute l’histoire du grand Euclide qui donnait un jour une leçon et, entre autres sujets, parlait du monde. Le jeune Ptolémée -- sans conteste le meilleur élève de la classe -- se leva et lui demanda sur quoi le monde reposait. Euclide lui répondit : « Sur les épaules d’un énorme géant. » Ptolémée baissa la tête et la classe continua. Un moment plus tard, le jeune Ptolémée releva la tête et se permit de demander sur quoi reposait le géant. Euclide répondit : « Il repose sur la carapace d’une énorme tortue ». Et aussitôt, sans attendre une autre question de son élève il rajouta en élevant sévèrement la voix :
« Et au-dessous, il n’y a que des tortues ! »

Prenons-en de la graine et modélisons tant la curiosité de Ptolémée que la sagesse d’Euclide.

 

* L'orthographe ancienne avec un i grec (y) est réservée à l'usage du sens figuré de l'abysse, l'orthographe avec un i accent circonflexe désignant le sens propre.

 
 

3 commentaires(s)

 

1. par Par Damien Malène

« Ai-je rêvé d’un papillon, ou suis-je le rêve d’un papillon – à moins que le papillon n’ait rêvé de moi qui rêvait de lui, ou aurais-je rêvé d’un papillon qui rêvait de moi rêvant d’un papillon ? ».

- Qui suis-je  (demanda Tchouang-Tseu)?

Ouahh!! Cela ressemble à un schizophrène en fin de cure perdu dans le labyrinthe de glaces du Palais des Mirages du Musée Grévin !

Ou à Jonas dans le ventre du monstre après avoir lui-même avalé un steak de baleine...

Quand j'étais gamin, le coiffeur m'asseyait devant une grande glace. Dans mon dos s'en trouvait une autre qui couvrait le mur. Et je me voyais ainsi à l'infini, me perdant dans l'abîme spéculaire.

J'apprécie énormément les citations des ABCdairistes émérites.

2. par Laurence Chalmet Huot

 La mise en abyme du client jusqu'au malaise du fait d'un questionnement répétitif de la part du coach me semble être l'une des manifestations du sentiment d'impuissance que ce dernier peut ressentir lorsque quelque chose échappe à sa compréhension et/ou que, au plan du ressenti il y a comme un "blanc", une absence à ce qui se passe - un malaise, précisément.

Le "sur-questionnement" peut alors être un moyen de contourner cette sensation de malaise - alors que le silence du coach, et d'abord le silence intérieur, serait une reponse plus adaptée, susceptible d'accueillir ce qui se passe et qui ne peut pas tout de suite être dit, du côté du client comme du côté du coach.

Le coaching ou la tentation du verbe ... !

3. par Isabelle Laplante

Merci pour ton commentaire Laurence. Je partage ton hypothèse. Il y en aurait sans doute plein d'autres. Et, évidemment, le silence serait une réponse plus adaptée, permettant d'accueillir ce qui ne peut être dit.


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