Science sans conscience...

 

Isabelle LAPLANTE et Nicolas DE BEER

contact@mediat-coaching.com

...n’est que ruine de l’âme

 

Des modèles

Nous pouvons entendre parfois des controverses de professionnels praticiens (coachs, par exemple) à propos de la meilleure approche/méthode pour faire du coaching. Par exemple : certains disent qu’il n’est pas envisageable d’être coach si vous n’avez pas fait de la PNL, que l’Analyse Transactionnelle serait indispensable pour envisager les interactions dans les organisations, La Gestalt incontournable pour travailler avec les émotions, la Systémique inégalée pour travailler avec les systèmes complexes, ou encore, qui n’a pas des notions de Psychanalyse et de psychologie ne serait pas un professionnel sérieux, etc.

Mais sur quelles appréciations ces personnes se basent-elles pour affirmer cela ? Sur le fait que l’une, ayant choisi de se former à telle ou telle approche/méthode va la considérer comme la meilleure ? Ou bien parce qu’elle croit que c’est la méthode qui se vend le mieux en entreprise, ou encore la plus utilisée ? Ou bien parce qu’elle décline beaucoup outils ?
Je me demande si ce raisonnement est bien en lien avec le contexte et la réalité d'ujourd'hui ? Car, déclarant sa position ainsi, où est le client dans ce raisonnement ? Et les problématiques actuelles sont-elles prises en compte ? Dans le contexte actuel, identifié et spécifique ? A discuter de ces approches/méthodes, aurions-nous oublié le plus important : le client et son contexte actuel ?

Théories, modèles, outils ?

Oh j’avais oublié une précision d’importance ! Certains appellent ces approches "des outils" d’autres "des théories" !
Ce sont des méthodes souvent issues de champs théoriques scientifiques, thérapeutiques. Et les réflexions à ce niveau sont d’ordre philosophique, politique, anthropologique, pédagogique, scientifique…
Nous pouvons citer la théorie de la communication, la théorie systémique, la théorie littéraire…
Les approches/méthodes/modèles sont par exemple : PNL, AT, Systémie, Gestalt, Pratiques Narratives, Orientation Solutions…
"Les outils" sont l’incarnation concrète de la méthode/approche/modèle : geste professionnel, grille de lecture, protocole… Et comme chacun sait, un outil seul ne marche pas.

Nous voici donc à 3 niveaux de réflexion-action : théories - méthode/modèles - outils

Alors voici quelques réflexions à la volée, au dépoté

Dans notre société, passée du capitalisme au libéralisme débridé, le travail est bien devenu un but de vie et non plus le moyen de satisfaire sa vie. Le moyen de réaliser ses rêves (le travail) est devenu le rêve de la vie (voir un travail). Il y a bien longtemps, le travail nous aidait à satisfaire des besoins essentiels. De nos jours, le travail nous donne une identité sociale et nous permet de satisfaire à nos besoins et à nombre d’envies compulsives. La vie devient, si nous n’y prenons garde, une course éperdue qui peut nous amener à une perte de sens. Course après le temps en semaine. Course (jogging) le week-end pour pouvoir être en forme pour courir (se presser) en semaine.

1/ Une méthode, un modèle n’est pas meilleur qu’un autre, il est adapté ou pas au client et aux problématiques contractuelles. Si l’approche ne fonctionne pas, ce n’est pas parce que le client est méchant, résistant, pas motivé, ne veut pas changer, c’est que l’approche est inadapté, ou que le coach ne comprend pas son client. Nous n’irons pas plus loin concernant ce point-ci, il est, nous espérons évident pour chacun que le client ne résiste pas au coach. Il résiste au problème. Et si cela continue c’est le coach qui résiste au changement qu’il doit faire sur lui-même en séance.

2/ Une méthode, un modèle est pertinent par rapport à la période concernée car elle est à même de répondre aux problématiques du moment. D’ailleurs, une méthode qui ne peut se remettre en question et s’adapter aux problématiques de nos clients au XXIème siècle serait figée dans ses concepts et pratiques. Si elle l’était, peut-être serait-elle déjà morte comme nous parlons du latin.

Depuis le siècle des lumières, les sciences ont pris le pas sur les croyances religieuses et les démonstrations sur les croyances. Apparaissent depuis un raisonnement comme quoi une personne n’est plus possédée par un démon, mais a un problème, il possèderait un problème, en quelque sorte. Que peut-être il a une "maladie psychique". Alors, vient aux chercheurs l’idée que le problème est venu dans la tendre enfance, l’empreinte des parents, d’un événement de l’enfance. Puis ont été envisagé les interactions comme piste de problèmes et les jeux psychologiques comme stratégie pour atteindre ses buts. Les recherches ce sont orientées plus tard vers les problèmes de comportement et donc que si l’on change celui-ci, on se change, d’autres ont pris comme porte d’entrée les sciences humaines et sociales. Et enfin nous sommes maintenant venus à considérer les dernières découvertes scientifiques comme base de réflexion (neurones et synapses…), et apparaissent de nos jours les neuro-sciences !

Se posent certaines questions :

  • l'après-modernité dans laquelle nous sommes plongés a-t-elle pour conséquence de devoir utiliser une approche/discipline adossée aux dernières découvertes ? Les mouvements dans la relation d’aide doivent-ils suivre fidèlement les recherches scientifiques très largement orientées par les stratégies des grands groupes qui souhaitent inventer et contrôler les besoins d’aujourd’hui et de demain ? Répondre par une approche/discipline technique à des difficultés personnelles envisagées en termes techniques ? Par exemple "les neuro-sciences".
  • La réponse aux difficultés que les individus rencontrent aujourd’hui doit-elle être trouvée ailleurs ? Par exemple dans la philosophie, la littérature, l’anthropologie, l’art, etc.

Bref, les réponses aux difficultés rencontrées par nos clients ne doivent pas subir la tyrannie du moment, ni se priver des possibilités offertes par le progrès.
A un problème envisagé sous l’angle technique (définis par des experts) une réponse doit-elle être technique, donc symétrique ou trouvée dans les absences, les implicites, donc complémentaire dans le "littéraire" par exemple ?

Car, quelles sont les difficultés rencontrées au XXIème siècle ? Ce sont moins des plaintes concernant les parents, l’enfance malheureuse, etc. car nombre de familles sont recomposées, mono-parentales ou même sont envisagées homo-parentales et ce seront moins des blessures dans l’enfance que des difficultés relationnelles et communautaires, de connections, reliances...

Les problèmes qu’expriment nos clients sont :

Comment me maintenir dans la société, ne pas être un exclus à terme ? "Je travaille tout le temps et je suis stressé par les tâches qui me tombent dessus sans discontinuer. Je dois m’assumer seul (l’autonomie est à ce prix !). Je dois réussir ma vie ! (sinon je la rate !)"
La peur de rater sa vie est assez nouvelle. En effet, quand j’avais une vingtaine d’année, au tout début des années 70, ce concept n’existait pas. On ne ratait pas sa vie, on ne la réussissait pas, on vivait, nous commencions à vouloir vivre plus confortablement, plus librement.
A la fin d’une journée de travail, nous avions "le sentiment d’une journée bien remplie", la satisfaction d’avoir fait tout ce que nous avions à faire, "la satisfaction du travail accompli".
Aujourd’hui, j’entends plutôt "à la fin de la journée, je n’ai pas fait le quart de ce que je devais faire".
Ou encore, la difficulté de personnes à se concentrer pendant un temps suffisamment long. Le zapping dû aux tâches multiples se chevauchant, aux urgences, à la priorité donnée au résultat immédiat, etc. pose de nouveaux problèmes aux individus.
Ou encore, la limite qui s’efface doucement entre vie professionnelle et vie privée.
Ne plus avoir de temps à soi.
Ou les conséquences de la recherche désespérée de l’autonomie professionnelle, conditions nécessaire à la réussite.
Friedrich Nietzche écrivait pendant son séjour à Sorrente "Celui qui n’a pas deux tiers de la journée à soi est un esclave". La vie qui nous est proposée est bien différente !

Pour clore cette promenade,

les approches que nous utilisons doivent, à notre avis, prendre en compte les difficultés actuelles rencontrées en lien avec la société actuelle plutôt que de s’accrocher à l’approche/méthode à laquelle nous avons été formés, parce que nous y avons été formé. En tant que professionnels, nous avons à nous poser la question de la pertinence de notre démarche par rapport aux plaintes actuelles de nos clients.

De plus, nos clients ne sont pas des malades, mais confrontés à une société qui a perdu le sens et ne s’appuie plus que sur les moyens ce qui amène les individus à la perte du sens de la vie au profit de l’acquisition de moyens pour mieux vivre, ou de mimétisme si bien développé par René Girard.
Avant on réussissait une œuvre, maintenant il nous faudrait réussir à acheter tel produit marque de notre réussite professionnelle.
Une piste serait peut-être d’étoffer la réflexion, de redonner de l’importance au beau, à l’esthétique à l’accessoire afin de ne pas s’enfermer dans la rentabilité et l’efficacité nécessaire, la croissance et le progrès. Retrouver ses valeurs de vie, celles qui contribuent à définir notre éthique personnelle sans laquelle laquelle cela devient inacceptable pour notre vie…
Alors, le professionnel praticien pourra peut-être pousser sa réflexion vers les approches/disciplines telles la pédagogie pour mieux vivre ensemble, la philosophie qui nous propose une réflexion sur soi dans le monde, qui nous sommes et pourquoi nous sommes là, l’anthropologie-ontologie qui nous fait réfléchir sur le sens que nous donnons au monde/culture dans lequel nous vivons, la littérature pour rêver, favoriser l’imaginaire, etc. afin d’aider leurs clients à marcher sur deux jambes : la jambe du progrès et de la croissance, et la jambe du maintien de la réflexion, ou, comme le dit Deleuze, de continuer à "se forcer à penser", plutôt que de laisser le champ libre aux experts.
Le présent et le futur professionnels s’envisagent dans un contexte celui de notre monde néo-libéral actuellement.

 

7 commentaires(s)

 

1. par Raymond Vaillancourt

Excellent article Nicolas, et très pertinent. Echangeons autour de ces questions. Au plaisir, Raymond Vaillancourt (Québec)

2. par Franck Damée

C'est tellement vrai... L'homme du 21ème siècle oscille entre l'insatisfaction de ne pas avoir de travail (donc pas d'identité sociale) et l'insatisfaction au travail, d'un travail qui n'a pas de fin (ni terme, ni but)
Il y a quelques décennies à peine, nous pensions que la solution à tous les problèmes consistait à créer des lieux pour les traiter : maison de l'emploi, Ehpad, maison de quartier... Ghetto. Aujourd'hui, nous croyons en la technique (ou la méthode) qui se décline à l'infini : techniques de communication, "méthode" du gouvernement, techniques de vente...
Peut-être se posera-t-on un jour la question de la finalité. Peut-être... L'OCDE a lancé il y a quelques années une réflexion sur la mesure du bonheur... Un premier pas ? En tous cas d'accord avec toi, Nicolas, il est temps que les philosophes poussent du coude les technocrates et retrouvent une place pour penser (panser) notre société.

3. par Nicolas

Juste un petit mot pour te dire que je trouve très intéressant et courageux ton article, lequel se propose de mettre un peu d'ordre dans tous ces différents courants auxquels nous somme confrontés, et dans une perspective ouverte et appréciative. Il est tellement courant en effet de ne pas parvenir à se situer soi-même dans les différents sciences et développements philosophiques tant ils ne sont bien souvent que médiocrement enseignés et compris. J'y vois pour ma part une tentative pour s'y retrouver, s'y reconnaître afin de pouvoir se situer dans un monde toujours plus complexe cependant que l'on oublie les règles et, finalement, les valeurs qui doivent nécessairement sous-tendre cette complexité.

4. par Anne-Claire de Lavigerie

Que c'est bon de se sentir aussi alignée sur une vision ouverte, une promenade multi-référentielle et quelques pistes pour aider les hommes et les femmes que nous sommes ! Merci, Anne-Claire de Lavigerie

5. par Virginie Puech

Je me retrouve dans cette ouverture à  d'autres approches pour les coachs, et surtout à un détachement des méthodes quelles qu'elles soient !

6. par Nathalie Bourgenot

J'aime beaucoup ce que vous écrivez. Je suis moi-même une coach déçue du métier et je me tourne maintenant vers l'accompagnement de l'expression "artistique" sous toutes ces formes, je crois que je ne suis pas la seule à le faire. Votre réflexion m'aide sur ce chemin. Merci.

7. par N De Beer

Je ne suis pas moi-même déçu par ce métier. Parfois je suis déçu par certains professionnels, oui ! Rappelez-vous cette phrase de Monsieur de Talleyrand : Il ne faut jamais se fâcher contre les choses parce que cela ne leur fait rien du tout. Bien à vous.


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