De la métaphore en général

 

Michel Saucet

"Une métaphore qui devient vraie est une métaphore morte."
(Michael White)

"La métaphoricité est la contamination de la logique, et la logique de la contamination."
(Jacques Derrida)

La métaphore (méta-phore) signifie littéralement transporter par mutation, par changement. "Méta" marque, en effet, un sens de succession ou de changement et "phore" celui de porter. Figure de rhétorique classique elle permet par une substitution analogique, d’effectuer un transfert de sens. De ce point de vue le processus métaphorique a largement contribué à enrichir notre lexique.

Mais au-delà de ce sens strictement linguistique la notion de métaphore s'est imposée comme un processus beaucoup plus général permettant de passer, par exemple, d'un espace d'expérience explicite à un espace d'observations implicites et de risquer une modélisation analogique. Par exemple, d'une science à une autre, de la science et/ou de la technologie aux organisations – famille, groupes, entreprises, etc. Bien que souvent considéré comme trivial, le procédé est ancien et nous puisons dans les connaissances acquises des concepts qui nous permettent d'expliquer de nouvelles situations.
La métaphore est une démarche heuristique qui s'aventure dans les détours de l'analogie. C'est en s'inspirant des théories de Fourrier sur la conductibilité calorifique que Ohm a formalisé la conductibilité électrique ou plus exactement son inverse la résistivité. D'une manière générale le langage scientifique se développe sur la base de la métaphore. Un des obstacles à cette démarche se trouve dans l'illusion d'un langage scientifique monosémique. Certains scientifiques vivent encore dans l'illusion qu'il existerait des relations univoques entre les concepts qu'ils utilisent et les mots qui les désignent. Ils pensent décrire le réel tel qu'il est et non tel qu'ils le décrivent. "... Il n'est pas de structures qui existent objectivement ; il n'est pas de territoire prédéterminé que nous puissions cartographier ; c'est l'acte même de cartographier qui crée les caractéristiques du territoire..." Ce que l'on voit n'est pas ce que l'on perçoit mais ce que l'on est. Le cerveau est un émulateur de réalité.

… et en particulier

Les entreprises ont commencé en empruntant surtout au vocabulaire militaire. Au domaine militaire d'abord car les armées ont existé bien avant les manufactures et fournissaient des modèles d'organisation. Ainsi nos cadres, aux ordres de nos capitaines d'industrie, organisent des commandos pour la conquête de nouveaux territoires en combattant la concurrence… Puis s'est ajouté le vocabulaire sportif. Le sport valorise l'esprit d'équipe et la performance et les dirigeant ont depuis longtemps compris la nécessité d'avoir de bons coachs.
Est-ce regrettable ? Non, bien sûr car cela a permis – et permet toujours - de récupérer une énorme expérience humaine et par un processus métaphorique de l'exploiter dans de nouvelles conjonctures.

Peut-on aller plus loin ?

L'univers des organisations se caractérise par une complexité croissante ou l'obsolescence de certains outils peut constituer un handicap. Aujourd'hui, nous prenons de plus en plus conscience que des recherches au départ purement théoriques, dans des champs éloignés de nos préoccupations quotidiennes peuvent proposer des concepts qui correctement "métaphorisés" seront porteurs d'une nouvelle vision du monde.
 

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