La croissance et le maintien

 

Nicolas DE BEER

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L’autre matin, j’entendais sur France Culture un ministre parler de l’importance des PME à forte croissance. Et je me disais : ces personnes  qui ont créé les PME et les TPE (sans pour autant être toutes "à forte croissance") sont bien courageuses ! Mais qui sont ces citoyens qui osent quitter le monde du salariat pour "entreprendre", souvent seuls, pour créer une société ? Sont-ce des "cadors de la croissance" ? Ne sont-ils audibles que s’ils sont orientés vers la forte croissance ou vers la haute technologie ?

"Croissance", "haute technologie", "haute valeur ajoutée", "progrès", les maîtres mots

Ils ne sont plus une charge pour l’Etat, ils payent des impôts et cotisations ; peut-être vont-ils même embaucher une ou plusieurs personnes. Sont-ils quantité négligeable et ne s'intéresse-t-on pas à eux simplement parce qu’ils n’ont pas de "forte croissance" dans "la haute technologie" et qu’ils souhaitent créer et faire perdurer leur structure à haute valeur ajoutée (intellectuelle) ?

Il y a une forme de pensée qui fait florès depuis quelques années et qui nous envahit au point d'être tous persuadés que la vérité vraie quand nous sommes passés du captalisme au néo-libéralisme, c’est qu’il n’y a même plus deux possibilités, même plus de choix,mais une seule option : pour survivre il faut de la croissance, de la haute valeur ajoutée, du progrès technologique de surcroît, durable cela va de soi. Il faut aussi croître personnellement, encore grandir, et y compris à l’âge adulte !

Cette forme de pensée unique, d’idée fixe, on nous en rebat tant les oreilles sur toutes les radios, dans tous les dîners en ville, dans toutes les discussions que la majorité des gens y croit : "sans la croissance, nous serons en récession" - "Nous n’avons pas le choix, il nous faut retrouver des points de croissance (même avec les dents !)" - Nous ne pouvons éviter le progrès. Qui n’avance pas recule. Il faut se développer (développer son entreprise, se développer soi-même…), le progrès nous assure l’avenir. Il faut changer, s’adapter au changement" - "La croissance ou la faillite", etc.
Comme si nous étions toutes et tous dans une course éperdue jusqu’à notre mort. Mais, en quête de quoi, à propos ? D’immortalité ? Illusoire.
Avec ce raisonnement, la société est en perpétuelle frénésie d’avancement ; de crainte de ralentir, de couler, de mourir ? La croissance, le progrès, sont devenus une boulimie, une addiction, une idéologie, une course aux moyens : "Nous sommes comme un avion, s’il s’arrête, il tombe" ! La métaphore est fausse. On a juste oublié qu'on courait après les moyens, au lieu de se diriger vers le but !

Alain Ehrenberg nous propose le balancier incessant de certaines personnes, entre addiction (à une idée, à un produit) d'une  part et d’autre part dépression (de ne pouvoir l’obtenir, ou qu’il n’ait pas comblé le manque). Le philosophe Patrick Viveret, proche aussi de cet oscillement, propose le couple l’excitation/dépression. Dans sa quête incessante du mieux, l’homme moderne, est assujetti ou excité par le nouveau. Patrick Viveret revient à Spinoza qui, déjà à son époque, pointait ce va et vient en écrivant que l’homme n’est pas condamné à vivre l’intensité et le déséquilibre. La joie de vivre serait plutôt d’alterner intensité et sérénité.
Le coach, souvent "accro" aux outils nouveaux, plutôt que de se croire obligé d’en utiliser pour légitimer ses honoraires et calmer son agitation intérieure par l’agir, peut aussi, et simplement se maintenir, être vigilant à sa posture de non-savoir et de perplexité, à sa capacité à se taire, à canaliser ses peurs, à être attentif à ses résonances. Accueillir intensité et sérénité.

Le maintien du taux d'activité et la croissance de l'intelligence

Alors, serait-il possible d’envisager de petites entreprises qui auraient envie de faire entendre une autre voix ? Oui, il y a des professionnels qui créent une activité dans leur cœur de métier, parce qu’ils aiment le pratiquer et qu’ils ne souhaitent pas grandir jusqu’à devenir des entrepreneurs gestionnaires, abandonnant à leurs collaborateurs l’exercice de leur activité première. Certains, et il y en a beaucoup, trouvent que « Small is beautiful », comme le disait Friedrich Schumacher en 1973.
Nous pourrions nous demander si la croissance, le progrès serait de l'ordre de l'urgence, de l'immédiateté, rentabilité immédiate, une sorte de pulsion. Alors que pratiquer son métier de mieux en mieux, affiner, rester à sa bonne place, favoriser sa richesse intérieure, la pérénité seraient plutôt de l'ordre du maintien de la qualité. Ou encore, de faire croître notre intelligence et juste maintenir une production suffisante et non pléthorique.
Se développer intellectuellement profite également à la société ! L'augmentation du pouvoir d'achat nécessaire à la croissance ne développe pas l'intelligence d'une population. La croissance risque même de l'abêtir, voire de la mettre sous addiction ! Développer l'intelligence et maintenir l'activité peut être un rêve plus accessible que de rêver de faire croître sans limite le CA.
Préférons l'entropie de l'intelligence et de la conscience qui peut enrichir les liens entre populations à l'entropie économique qui appauvrit une masse de plus en plus importante d'individus dans le monde.

Continuons à garder du choix

A la naissance d'une entreprise, son objectif est de croître. Au moment de la maturité, le créateur a encore le choix entre changer de métier et devenir PDG, gestionnaire… ou de continuer à pratiquer, à perfectionner son cœur de métier, celui qui est relié à son projet initial, à son rêve, celui pour lequel il a pris le risque de créer son entreprise : sa matrice ! Maintenir présent son rêve. Alors, s’ajuster, s’améliorer ou faire croître son activité ? Voici deux voies possibles parmi d’autres.

Et si nous nous posions juste un instant, que nous reprenions nos esprits et quittions cette course apparemment inéluctable que relaient les politiques, certains économistes et les médias, nous nous rappellerions que le raisonnement sur lequel l’Occident s’appuie depuis deux millénaires est la bi-valence, l’alternative, voire le manichéisme.
Alfred Korzybski, Jacques Derrida soulignaient, après d’autres, les limites intellectuelles et les limites à la liberté de ce mode de pensée, de ces « couples ». Ils sont bien utiles parfois, nous en conviendrons : bon/mauvais, jour/nuit, démocratie/totalitarisme, compétent/incompétent, temporel/spirituel, culture/nature, normal/anormal, vrai/faux, si ce n’est pas l’un, c’est l’autre... A cause de cette rigidité, tout ce qui ne s’inscrit pas parfaitement dans le rapport d’opposition tend à être marginalisé, voire supprimé. Heureusement, certains soulignent l'importance de "l'aporie", ce qui reste, l'inclassable...

Mais bon ! Acceptons un temps cette bi-valence. Dans ce cas, s’il y a croissance, changement, il y a un autre élément nécessaire pour la constitution de ces couples : changement/stabilité ? croissance/maintien ? Oh, vous pouvez mettre d’autres mots qui vous siéront mieux. Néanmoins, si nous voulons aider au changement, trouvons donc des points de stabilité. Si nous voulons croître, veillons également à nous maintenir.

Parlons un instant du coaching. La demande d’un client se présentera souvent sous forme d’une alternative ou d’un échec dans une voie unique : "Je prends ce poste, ou pas"," Je reste ou je pars"… Ou encore, "Je n’ai pas le choix", "j’ai tout essayé, je n’y arrive pas"…
Notre rôle de coach est de monter d’un niveau, et de sortir de l’alternative ou de l’impasse, de ré-insuffler de la complexité, d’ouvrir un champ de possibles tel que le client retrouve du choix. Afin de renouer avec la dynamique nécessaire à l’initiative personnelle : avoir du choix, décider, agir.

Quel rêve, quel espoir pour chacun ?

Actuellement, les moyens d’améliorer son confort de vie sont préférés aux objectifs de vie ! Grâce à l’acquisition de nouvelles technologies, vous pourrez occuper votre esprit. Consommer la vie dans l’instant ? Entendez-vous dans le discours économique des engagements de vie, des principes de vie, des missions, une vision ? Nous entendons plus souvent des envies de posséder plus, ce que certains appelleront même des besoins (qui n’en sont pas bien sûr). Le progrès est séduisant. Et c’est aussi un piège de la vie actuelle. Le moyen remplacerait-il le but ? Nous produisons des moyens qui nous produisent. Nous développons les produits qui nous développent. Le produit et le consommateur sont au même niveau, C'est "l’autopoièse"(1) de Francisco Varela, ou encore "la récursivité" (2) d’Edgar Morin.
Jacques Derrida dans un petit livre (3) proposait : « On n’apprend pas à vivre on apprend à mourir ». Alors, que sont ces drôles d’expressions comme le « savoir être », « apprendre à vivre » ? Des moyens ? Pour quoi faire ? Nous savons tout cela : "Je suis un être humain, et rien de ce qui est humain, ne m’est étranger" (Terence).
Alors, si nous décidions aussi de maintenir la vie, d’entretenir la vie, d'aider la vie, de faire vivre la vie ? Et pas seulement de se développer, de croître par obligation, de rentabiliser sans pertinence, sans réflexion, "Croissez et multipliez", pas forcément !

"La seule raison d’être d’un être, c’est d’être. C’est-à-dire, de maintenir sa structure. C’est de se maintenir en vie." (Henri Laborit). Souvenons-nous que les sociétés sont aussi des êtres et qu’elles pourraient, elles aussi, avoir pour invariant de se maintenir en vie. Et non de croître à tout crin. Maintien/changement : un couple nécessaire ?

Croître, se développer, c’est survivre. Se maintenir, s’adapter, c’est vivre

Le changement est permanent, le maintien, c'est la capacité à se stabiliser dans le mouvement, ce n'est pas la croissance, voire l’agitation. La croissance est une course à la survie, en faire toujours plus. Grandir sans cesse, sous peine de déchéance. Et elle est toujours au coin de la rue. Il suffit de s’imprégner un peu trop des événements actuels en Europe pour s’en persuader. "Cette année nous allons être à moins d’un point de croissance ! Par rapport à l’Allemagne, … Il faut retrouver la croissance, sinon c’est la récession" brandissait comme une menace Monsieur Jean Peyrelevade l’autre matin sur les ondes.

Mais des voix se font entendre disant qu’il est possible de vivre bien, sans toujours penser à vivre mieux. Le développement technologique est une option utile dans certains contextes (pour être à même de sauver des vies par exemple), non quelque chose d’inéluctable dans tous les contextes de vie.
Prenons l’exemple tout proche pour nous d’une petite entreprise. C’est une société qui se porte très bien. Son objectif était et est encore de promouvoir des prestations intellectuelles de qualité. S’il était de "grandir", de "croître" à un moment nécessaire à la réalisation du projet, maintenant, ce serait plutôt « de bien faire son travail ». Beaucoup leur ont demandé : "mais pourquoi vous ne vous développez pas plus, pourquoi ne pas vous étendre, faire des succursales, bref, faire de la croissance…" Mais ils ne voulaient pas. Ils disaient : "nous sommes des artisans qui faisons bien notre métier. Si nous nous développons trop, nous allons changer de métier pour devenir des chefs d’entreprise qui guettent la croissance, se focalisent sur les chiffres…et ce n’est pas le métier que nous aimons pratiquer". Certains les regardaient comme de drôles de citoyens.

Dans cette société dite "naturaliste" Philippe Descola (4) nous avons substitué le but de la société par les moyens. Au départ, la croissance était prônée pour apporter plus de confort et de "mieux vivre ensemble". Mais voici que le moyen (la croissance) est devenue le but en lieu et place du "sens commun", ou sens de vivre ensemble.
Dans le coaching, l’objectif n’est peut-être pas toujours de faire mieux, de progresser, de faire passer des messages dans un contexte inhumain. Ce peut être aussi, de retrouver son rêve, ses valeurs, son cœur de métier, son propre projet professionnel. Bref, de retrouver de la responsabilité dans une structure et aussi de s’occuper de son projet futur. Et aussi de poser la question "Pourquoi ?" qui fera ré-apparaître le sens, la raison forte qui porte la personne dans sa vie.

Pour en revenir au début de mon raisonnement, la vie, c’est le « maintien », c'est se maintenir en vie. Gérer une entreprise, ce peut être de la maintenir, de s’ajuster, pas obligatoirement de la développer jusqu’à phagocyter ou se faire phagocyter par l’acquisition, la fusion, l’OPA agressive… bref des pratiques de violence parfois.

La croissance est une période de la vie

La croissance ne devrait-elle pas s’arrêter vers "l’adultat" ? Adultes, nous nous maintenons en vie, nous nous adaptons. Et de nos jours, faudrait-il rester toujours jeune ? C’est un des messages véhiculés.

Savoir se maintenir est une qualité souvent laissée de côté. C’est avoir le sens de l’équilibre, savoir se tenir, la stabilité mentale. Se maintenir en bonne santé. Et encore une fois, je connais nombre de sociétés qui se maintiennent bien, s’adaptent et ne reculent pas, sous prétexte qu’elles ne veulent pas se développer ! Sur un bateau, c’est avoir le pied marin – aimons la houle, maintenons-nous.

Si les mastodontes, entreprises moyennes et grandes aspirent à grossir, et parfois le doivent, vu les coûts des investissements technologiques, beaucoup de petites entreprises n’y sont pas obligées et aspirent à vivre tout simplement afin que les personnes maintiennent et pratiquent leur métier.

Nous avons le droit de remettre en question toutes les vérités, les idées reçues que nous avons avalées toutes crues, qui nous sont ressassées. Nous pouvons vérifier par nous-mêmes. C’est une qualité que tout coach devrait avoir, celle de savoir questionner, et de se questionner, d’interroger les idées reçues, les discours entendus. Rien n’est arrêté, figé. Rien n’est normal.
Le coach aura comme travail, entre autres, d’aider le client à sortir du choix unique, ou à sortir de l’alternative, en l’amenant à produire nombre d’options possibles. Ceci, afin de l’aider à passer d’un espace-problème, saturé de tentatives de s’en sortir, à un espace-solutions, où plusieurs possibilités peuvent émerger.

Quittons donc la bi-valence et retrouvons de la complexité, de l’ambiguïté
Certaines personnes, à certains moments et pour de bonnes raisons, souhaiteront privilégier la qualité et par là même le maintien, et à d’autres moments, choisiront le développement parce que c’est pertinent. Ou peut-être sera-ce le développement de sa réflexion, de sa pratique ? À d’autres moments, plutôt de la croissance financière ? Certaines personnes seront satisfaites de leur business, d’autres voudront augmenter le CA, devenir des gestionnaires, des financiers... Le métier est différent.
Aucune situation n’est dénuée d’ambiguïté. Alors, plutôt que de croire en un choix unique, retrouvons l’ambiguïté. Croître de la naissance à la maturité, se développer parallèlement, puis se maintenir et s’adapter. Et s’il y a nécessité, se laisser le choix.
Dans le coaching, les situations racontées sont souvent réduites trop simplement à un problème, une difficulté qui se répète. Au point que le client ne nous parle pas trop de son problème mais de la solution qu’il a trouvée et qu’il aimerait que nous appliquions. "Nous avons un problème avec ce manager, cette personne doit se reprendre et mieux communiquer avec ses collaborateurs". Oui, mais ceci est une solution, pas un problème ! Remettons de la complexité dans cette situation. Et sachons naviguer au plus près du client, en pratiquant la pertinence.
Le coach trouvera avantage à ré-enrichir l’histoire du client de détails laissés de côté, d’exceptions écartées, car peu compatibles avec la conclusion négative, à l’accompagner dans la re-découverte de sa vie professionnelle complexe, non réductible à une conclusion d’échec général.

J’en finirai par quelques citations "maintenantes"

«Les jours commencent et finissent dans une heure trouble de la nuit. Ils n'ont pas la forme longue, cette forme des choses qui vont vers des buts : la flèche, la route, la course de l'homme. Ils ont la forme ronde, cette forme des choses éternelles et statiques : le soleil, le monde, Dieu. La civilisation a voulu nous persuader que nous allons vers quelque chose, un but lointain. Nous avons oublié que notre seul but, c'est vivre et que vivre nous le faisons chaque jour et tous les jours et qu'à toutes les heures de la journée nous atteignons notre but véritable si nous vivons. Tous les gens civilisés se représentent le jour comme commençant à l'aube ou un peu après, ou longtemps après, enfin à une heure fixée par le début de leur travail ; qu'il s'allonge à travers leur travail, pendant ce qu'ils appellent "toute la journée" ; puis qu'il finit quand ils ferment les paupières. Ce sont ceux-là qui disent : les jours sont longs.
Non, les jours sont ronds.»

(Jean Giono – La rondeur des jours)

« Ce qu’il y a de frappant avec la normalité, c’est qu’elle n’a rien de normal. La normalité n’est pas autre chose que la dénomination bourgeoise de la folie ordinaire » (Hanif Kureishi, psychanalyste pakistanais).
Et nous pourrions dire que la normalité incontournable que sont la croissance, le progrès, voire le développement, ne sont que de "la folie ordinaire". Parfois utile, parfois pas.

"La vérité, c'est l'erreur qui nous arrange."
(Paul Watzlawick)

" Cet accent d’enthousiasme qu’on n’apporte qu’à des convictions que l’on ne s’est pas formées soi-même."
(Marcel Proust)
 

NOTES
(1)  gr. Poiésis création, propriété d'un système à produire lui-même non seulement ses propres constituants mais également son système d'organisation.
(2) C’est le fait de décrire un processus en faisant appel à ce processus. Une entreprise produit ses employés qui produisent l‘entreprise.
(3) Apprendre à vivre enfin - Editions Galilée
(4) Anthropologue français. Professeur au Collège de France. Titulaire de la chaire d'Anthropologie de la nature". Il propose ontologies pour percevoir le monde : l'Analogisme, le Totémisme, le Naturalisme, l'Animisme dans un livre majeur "Par delà nature et culture".

Auteurs et concepts :
Edgar Morin (la gestion de la Complexité)
Ivan Illich (l’histoire des Besoins)
Jacques Derrida (la Dé-construction)
Alfred Korzybski (la Sémantique générale)

 

8 commentaires(s)

 

1. par N De Beer

Oui,partagez donc vos savoirs avec nous sur l'ethnologie en connexion avec la croissance, je serais curieux de vous lire ! Merci d'avance

2. par Sabine Doumayrou

Je crois qu'il est intéressant aussi d'examiner l'idée de croissance obligatoire sous l'angle du rapport que l'on entretient avec la temporalité dans nos sociétés occidentales. Avec un mélange de philosophie grecque : ("je suis perfectible, donc la société entière est perfectible") et de christianisme (vision du monde parfaitement linéaire avec un début - la création du monde - et une fin - le jugement dernier), on pourrait dire que notre culture est construite sur le principe suivant: "le temps est linéaire et le monde est perfectible". Dès lors, l'idée qu'il ne se passe rien pour "améliorer" les choses entre le début et la fin nous semble incohérente, voire insupportable. Pourtant, à une vision linéaire du temps, on peut opposer une vision cyclique (pourquoi vouloir changer ce qui fonctionne depuis toujours ?). L'ethnologie apporte souvent des éclairages inédits sur des problématiques très actuelles.

3. par Nicolas De Beer

Tous mes remerciements pour vos commentaires qui me touchent. Je ne pensais pas trouver des alliés aussi émérites !

4. par isabel mohedano sohm

Merci de ce bel article..
Merci à Francisco Varela que tu cites...
et au travail discret et constant dans le sens décrit dans cet article par de nombreuses personnes/groupes/organisations dans le monde.
Dans ce sens et d'une grande aide pour tenir bon, l'approche "mindful".
à suivre ...
IMS Madrid Bruxelles Montevideo

5. par LEVY Jean-Louis

Je remercie vivement Nicolas De Beer de la teneur (et de la tenue) de cet article précis, pertinent, qui a du "sens" pour moi car il donne (et me redonne) de la perspective de vie et pas uniquement de croissance. Ces réflexions ouvrent des raisonnements positifs et constructifs de maintien avec par exemple, pour sens l'enrichissement des moments de vie et pas seulement le sens du "développement". L'analogie avec des prestations de coaching est un axe fondateur. Bravo pour l'intérêt de cet article et sa profondeur.

6. par Roseline Steinmann

J’ai trouvé rassérénant de lire cette prise de position.
Pour ma part, je n’ai plus aucune appétence pour ce concept de forte croissance si j’en ai eu un jour. Pour quoi ? Pire, je le trouve même suspect. Question de temps opportun pour d’autres directions à donner à mon déploiement ?
Je repense à certaines collaborations avec des clients ayant perdu le sens de leur relation au travail, pensant devoir changer de métier. A l’un deux voyant son plan de carrière comme une succession linéaire de sas ; et plus récemment à une personne évoquant son impression de tourner à toute vitesse autour d’un rond-point ne desservant que des routes à sens interdit… Essoufflement, énergie vaine, insatisfaction… Merci à l'auteur de lancer cette invitation à garder l’initiative de choisir la direction à donner à nos activités. Je vais la relayer auprès de mes clients. Roseline

7. par Stefan Csösz

Merci à l'auteur pour cet article qui ne remet pas en cause la croissance en tant que telle, mais qui ouvre le champ à d'autres options telles que le maintien d'une activité à un certain niveau et je suis sûr qu'il y en a d'autres. Je me rappelle d'une conversation avec un ami qui a ouvert une vente-dépôt dans le 12ème. Son local était relativement petit et son affaire marchait. Je lui ai demandé quand comptait-il s'agrandir ? Sa réponse : "Pour quoi faire ?" J'ai longtemps réfléchi à sa réponse et ton article m'apporte encore de la matière.

8. par Lionel Ancelet

J'aime bien le parallèle avec la vie humaine, qui suggère qu'une fois devenu adulte la croissance laisse la place à la recherche, peut-être, de la sagesse... Et cela m'évoque aussi que, pour un organisme vivant, des cellules qui continuent à croître et à se multiplier alors qu'elles devraient simplement "se maintenir", on appelle ça : le cancer.


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