Pratiques Narratives : Le parler Franc, la Parrèsia

Pratiques Narratives

Nicolas De Beer

 

Ce cheminement, qui partira du niveau de l’expérience jusqu’à ce qui est précieux pour la personne (valeurs, croyances, idées, concepts…) permettra de basculer vers un autre paysage, celui de la petite histoire, celle qui était jusqu’alors réfugiée dans un recoin. Tellement minoritaire, ayant si peu de soutien, qu’il lui était préférable de ne pas se montrer, au risque de se voir balayée.

Accompagner un client sur le chemin de l’initiative personnelle est une démarche qui comporte des risques pour lui. Elle requiert du courage. Michel Foucault, dans les derniers cours, revint sur la « Parrèsia » ou « parler vrai », « parler Franc ». Juste une digression pour me demander si parler Franc, viendrait du peuple des « Francs » ? Parler Franc, serait-ce l’esprit critique qui caractérise notre culture ? Au départ, le mot "Franc" veut dire libre. Nous resterait-il des traces de cette époque ? La philosophie critique française en serait-elle une fine réminiscence ?

Michel Foucault, nous parlant de la Parrèsia ou parler vrai, pose trois conditions nécessaires : la première est de dire la vérité pleine et entière, la deuxième que cette vérité soit l’opinion du locuteur, et la troisième que l’expression de cette opinion auprès d’un tiers contienne une part de risque pour celui qui l’exprime. Risque de rupture, d’agacement, voire de violence, de la part du récepteur du message. Et donc, les conditions sont que les deux acteurs aient, l’un le courage de dire avec une prise de risque inhérente, et l’autre de recevoir même si cela le blesse.

Afin que le client puisse sortir ainsi de la grande histoire, celle qui est validée par le corps social, et s’approprier une petite histoire connectée à une envie, un rêve, un espoir personnel, il faut qu’il puisse raconter cette histoire seconde. Que ce soit la sienne. Qu’il la confronte au réel de l’échange avec l’autre.
Pour aider à cette réalisation, le praticien aura créé les conditions initiales du "dire" en séance, aidé l’auteur (le client) à monter ses niveaux intentionnels, et permis un feed back de témoins en organisant un auditoire. L’interaction entre l’auteur et les témoins nécessitera de part et d’autre, de se taire pour entendre, et d’avoir le courage de dire et d’entendre.
Et, si l’on va un pas plus loin, le praticien aidera l’auteur à se connecter suffisamment avec ses valeurs, rêves, espoirs… afin qu’il puisse raconter sa nouvelle histoire à ses proches, que ceux-ci puissent accepter de l’entendre, lui reconnaissant par là le droit de la raconter, et supportent le changement en train de s’effectuer chez l’autre et chez eux.

Les conditions nécessaires remplies, le chemin parcouru, l’auteur pourra avantageusement vivre un nouvel épisode de vie parrèsiatique : vivre au grand jour, raconter au grand jour - être relié à son identité intentionnelle et prendre le risque d’un bonheur libéré, dépouillé de la grande histoire, celle qui le teintait, l’imprimait, sans qu’il l’ait choisie. Retrouver son "franc-parler".

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NOTES
Parrèsia : le "dire vrai"
Franc-parler : Absence de contrainte ou de réserve dans la façon de s'exprimer.

 

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