Pratiques Narratives : Une promesse, ça se tient ?

Pratiques Narratives

Nicolas De Beer
 

"Swann se fit conduire dans les derniers restaurants ; c'est la seule hypothèse du bonheur qu'il avait envisagée avec calme ; il ne cachait plus maintenant son agitation, le prix qu'il attachait à cette rencontre et il promit en cas de succès une récompense à son cocher, comme si, en lui inspirant le désir de réussir qui viendrait s'ajouter à celui qu'il en avait lui-même, il pouvait faire qu'Odette, au cas où elle fût déjà rentrée se coucher, se trouvât pourtant dans un restaurant du boulevard."
(Marcel Proust)

Suite à plusieurs échanges avec Sarah Walther et Amanda Redstone et à la formation qu'elles ont animées chez nous où elles ont transmis pour l'unique fois "la carte du contexte et du discours" en janvier 2010, nous proposons ici quelques réflexions sur ce travail créé par Anette Holmgren et nos deux consoeurs (S. Walther et A. Redstone).

Carte qui fait apparaître le concept de promesse, que certains économistes appelleraient déjà avec emphase la "surpromesse" (des économistes, de la Société, de l'Etat par exemple...). Comme si le terme de promesse n’était pas déjà suffisamment sujet à caution.
Plusieurs éléments peuvent venir à l’esprit : le bonheur est-il une promesse ? En tous les cas, une promesse est l’annonce d’un fait à venir. Et, il ne faudrait pas confondre promesse et engagement de même qu’il ne faudrait pas confondre serment et engagement.

La promesse a pour vocation de ne pas se réaliser car si elle se réalise, c’est alors un engagement. Et si l’on promet en invoquant une loi humaine ou divine, ou encore si l’on invoque Dieu ou un objet divin, alors ce sera un serment.
La promesse donc a bien un sens particulier, elle est reliée à l’espoir. L’espoir du bonheur futur, la promesse d’un monde meilleur, la promesse de l’apocalypse, la promesse d’un Messie à venir, la promesse de l’égalité, de la fraternité et de la liberté, la promesse de découvrir enfin la vérité, etc. Bref la promesse serait-elle un vœu pieux ? On ne promet jamais que l’impossible ! Nul n’est tenu à sa promesse. C’est du moins ce qu’en pensent un certain nombre de philosophes (Machiavel, Kant, Hume, Ricœur, Derrida, …)
Alors, y aurait-il opposition entre le dire et le faire ?
« La promesse marche parce qu’elle n’arrive pas, sinon il n’y a pas d’avenir. » dira Jacques Derrida.

Nous développons ce concept de "promesse" dans l'une de nos formations en lien avec "la carte du contexte et du discours"(1).
Cette introduction c’est pour dire l’importance de la découverte de cette carte du contexte et du discours. Que nous proposent-ils ?

Une démarche, voire un voyage partant du "petit contexte", celui dans lequel le client se trouve prisonnier, pour s’ouvrir vers le "grand contexte", celui de la socio-culture du client. Car les messages socio-culturels ne sont-ils pas co-responsables de la situation dans laquelle se trouve le client ?
En fait, avant d’aller plus avant, revenons à la promesse. Je fais des promesses à moi-même comme de marcher 30mn tous les jours, je me promets d’être à l’heure à mes rendez-vous, de toujours dire bonjour à mes voisins, de ne pas dire de gros mots, d’être poli, etc. Nous nous envoyons des messages de « il faut, je dois » à n’en plus finir. Nous avons tant d’injonctions, qu’à la fin ne pouvant arriver à les maintenir toutes, nous pouvons finir par nous sentir en sentiment d’échec personnel.

"Quand" ou bien "si" nous conservons ou soutenons les "tu dois" on ressent des "oui, ça y est j’ai réussi" et on a une mesure de la valeur normative. Mais parce que ce regard normalisateur touche à tellement d’aspects de notre vie, il y a partout des possibilités d’échouer, de ne pas être à la hauteur. Et forcément il va y a voir des moments où on a l’impression que l’on ne fait pas ce qu’on devrait faire. On peut faire l’expérience de la honte, de l’embarras. On peut aussi en arriver à penser qu’on n’arrive pas à vivre à la hauteur de cette idée qui dit qu’on devrait être capables de gérer notre vie.

Alors se pose la question "Mais pourquoi vouloir réaliser toutes ces injonctions ?" Pour être moral ? Pour être un "bon petit garçon" ? Pour être un" adulte responsable" ? Pour être" capable de diriger sa vie", voire "réussir sa vie" ?
Peut-être pas. Les auteurs de cette carte nous proposent de nous poser une question plutôt interpellante. Il y aurait cette drôle d’idée que si nous réussissons nous serons récompensés. Mais, quelle promesse nous fait la société si nous réussissons tous ces "il faut, je dois ?" "Quelle récompense nous fera la vie ?".
Romain Gary nous répond tranquillement : « La vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »
Et nous voilà à nous demander alors à quoi bon maintenir cette pression, si la récompense ne sera pas au rendez-vous ? Et quelles sont les "il faut, je dois" qui m’appartiennent et ceux qui me sont inculqués ? Ceux du petit contexte et ceux du grand contexte. Quels sont ceux que je veux maintenir en lien avec mon éthique, mes engagements personnels ?

A partir de là, nous pouvons nous détourner de "la promesse qui n’arrive jamais" et nous orienter vers nos envies, nos espoirs, ceux que nous voudrions réaliser. Faire les choses que nous aimons.
Pour Hume « L’acte de l’esprit exprimé par une promesse n’est pas la résolution d’accomplir une action car cette résolution n’impose jamais une obligation » & « Comme l’obligation des promesses est une invention faite pour l’intérêt de la société ».

L’autonomie de l’individu ne doit peut-être pas se réaliser en répondant à des injonctions sociales prometteuses d’un avenir incertain, "la morale". Mais par des initiatives personnelles adossées à nos valeurs et notre "éthique personnelle".
Chacun choisira le chemin qu’il souhaite emprunter, suite à ces interrogations.

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