La voie du courage et le coaching

 

Caroline JARRY - Nicolas DE BEER

cjarrycoaching@gmail.com - contact@mediat-coaching.com


Les campagnes de prévention tendent ces dernières années à s’intensifier et à se multiplier, tant dans la vie quotidienne (l’exemple des bus parisiens regorgeant de consignes et avertissements en tout genre est à cet égard frappant), que dans le champ professionnel, dans lequel la notion de risques psycho-sociaux (RPS) a fait son apparition. Nous nous sommes demandé dans quelle mesure le coaching, qui vise à permettre au client de retrouver son sens de l’initiative personnelle, d’aller de l’avant et par là même d’oser se confronter aux risques inhérents au mouvement de la vie, pouvait également s’inscrire dans une démarche de prévention dans les organisations.

Qui dit prévention, dit danger...

... et le plus souvent danger pour l’intégrité physique ou psychologique des personnes.
La notion de prévention s’est banalisée. Nous nous sommes habitués à ces campagnes aux slogans comminatoires pour prévenir les risques : ceux liés aux comportements inciviques voire agressifs dans les bus parisiens (« Souriez ! Vous êtes filmés », « Si chacun fait ses règles tout se dérègle »), les mauvaises habitudes nutritionnelles (« mangez au moins 5 fruits et légumes par jour »), la grippe (« lorsque vous vous éternuez ou toussez, couvrez-vous la bouche et le nez avec votre manche ou un mouchoir à usage unique »), etc.

Comment prévenir le danger ? Sur les routes, c’est évident : grâce à la mise en place d’une politique de prévention routière, la France a vu le nombre de morts sur les routes diminuer considérablement (nous sommes passés de plus de 16 000 morts en 1970 à moins de 4000 en 2010). Dans les organisations, prévenir le danger l’est beaucoup moins, même si, grâce aux actions menées pour prévenir les RPS, nous commençons à prendre conscience de la souffrance au travail et du courage qu’il faut pour résister à des pratiques managériales ou organisationnelles conduisant parfois à la maltraitance.

Le coach sait qu’il n’existe pas de situation dénuée d’ambiguïté

Il se doit d’être loyal à la fois à son éthique professionnelle, à son client et au commanditaire du coaching. Cette triple loyauté bien connue des professionnels de l’accompagnement dans les organisations le place en bonne position pour travailler avec des organisations et des personnes elles-mêmes en situation ambiguë.
Faire face à un danger nécessite en effet une qualité importante, le courage, et implique de prendre des risques. Ceci suppose que le client est en mesure de réagir en faisant acte de courage. Car interpeller une organisation comporte inévitablement divers risques : être mal vu, exclu voire licencié… C’est ici qu’intervient le coach, à ce moment charnière où son client n’est pas encore impacté ou traumatisé, pour ouvrir des champs d’option, aider le salarié à produire des possibilités pouvant prévenir le danger : veiller à son écologie personnelle (tant physique que psychique), développer et maintenir une bonne qualité de relations professionnelles afin de trouver un juste équilibre entre trop d’investissement dans les relations et l’isolement. Dans la prévention des RPS, le rôle du coach serait d’accompagner son client sur la route du courage, en n’hésitant pas à le confronter lorsqu’il s’égare sur celles de la témérité ou de l’évitement.

La témérité n’est pas le courage

Le courage (1), c’est l’intention courageuse passée à l’acte, c’est l’audace, celle de la personne qui surmonte consciemment sa peur pour affronter une situation difficile, en prenant des risques, bien sûr, mais en les ayant pesés. La personne courageuse ne cherche pas à l’être, elle concilie son dire et ses actes, faisant par là même preuve de courage.

Le courageux n’est pas conforme, il ne se conforme pas à l’idée qu’on se fait de lui. Il ne simule rien de son courage. Il parvient à agir malgré sa peur, ne se laisse pas paralyser par elle. C’est pour cela qu’il est courageux.

Le courageux ne joue pas son courage, ne cherche à imiter personne et invite à faire rupture pour assumer le « souci de soi », prenant par là même le risque de rompre avec autrui. Le courageux ne surjoue pas le courage, ce n’est pas un téméraire. La témérité (2), c’est l’audace irréfléchie, inconsciente, le « même pas peur » de celui qui croit être courageux mais n’est qu’imprudent voire présomptueux, et qui s’en remet au hasard aveugle.

«… le courageux est celui qui ressent dans sa chair la saignée de la peur. Entre le courage et la peur, il y a un rendez-vous secret »(3).

La peur de l’autonomie

La société attend aujourd’hui que chacun sache « mener, tracer sa carrière ». Cette autonomie imposée qui se traduit par une succession de prises de risques, peut générer du stress et de la peur de l’incertitude, de l’échec, paradoxalement de la réussite… Continuer à agir malgré la peur nécessitera du courage.
Celui d’oser par exemple franchir le Rubicon, de signifier par un acte pertinent qu’il y a des limites à la pression, aux injonctions sociales ou à celles de l’organisation, aux exigences excessives, aux inconforts… Le coach posera des questions comme : à partir de quel inconfort commenceriez-vous à signaler votre désaccord ? Jusqu’où supporteriez-vous cette situation ? Quelles valeurs sont suffisamment importantes pour ne pas vouloir y déroger ? Qu’est-ce qui vous ferait quitter votre entreprise ?
Par sa posture décentrée, perplexe, ouverte, le coach pourra alors aider son client à identifier ses valeurs personnelles, son estime de soi, sa capacité à agir, à résister à certains endroits, sa propre responsabilité, à s’affirmer, à confronter le réel de la situation, avec le risque, bien sûr, d’avoir à envisager une mobilité interne ou à préparer sa sortie…
Il est toujours possible de confronter une personne quant aux situations peu acceptables. Le coach interroge son client sur sa responsabilité individuelle, sa capacité à agir, l’aidant en cela à ouvrir la porte de l’espoir, avec courage.

Le courage nécessite de la prudence

Sur le curseur de la peur, le courage se situe en effet entre deux pôles opposés : d’un côté l’absence de peur, caractérisée par la témérité, de l’autre, l’excès de crainte, la lâcheté. Le courage est indissociable de la φρόνησις (phronesis), la prudence, vertu cardinale de l’intelligence pour Aristote (4), qui, parce qu’elle permet de délibérer correctement, est indispensable à une vie heureuse. Est prudent (et non pas poltron) celui qui sait juger et choisir à propos, dans la complexité des situations humaines. Etre courageux, c’est donc adopter en conscience une éthique de l’attitude juste face à la peur et en connaissant le prix du non-courage. Car « ce n’est qu’aux courageux qu’est attribué l’honneur et le pouvoir de construire leur propre bonheur », J. W. von Goethe.
Du point de vue individuel, dans les organisations, le choix du courage pourrait se traduire pour un salarié par confronter, négocier, demander une mutation, aller vers les autres, chercher du soutien, se rêver un futur professionnel, apprendre à se vendre ailleurs, utiliser les dispositifs de formation ou de bilan mis à disposition par l’entreprise.
Pour affronter le présent, et non croire que l’on peut prévoir l’avenir, il faut du courage. Pour faire maintenant, au lieu d’agir plus tard également. Le courage entretient une relation intime avec la peur. Un courage sans peur, c’est soit de la témérité, soit de l’inconscience.
Alors, prévenir un danger, un risque, pour un salarié, veut peut-être dire regarder le présent, ce qui ne s’est jamais présenté et non prévoir qui est une projection à partir de données passées.

Le champ de l’initiative personnelle, de la capacité à agir, est vaste pour peu qu’une personne puisse trouver un lieu où faire un pas de côté, un lieu pour se connecter avec ses valeurs, ses envies, ses espoirs et ses rêves. Et s’éloigner par là-même des exigences sociales de réussite et de performance pour aller vers ses aspirations plutôt que vers les besoins que crée pour nous la société dans sa bonne volonté de toujours mieux faire.


NOTES
(1) Courage, étymologiquement, vient de « cœur » et fait référence à la force d’âme devant le danger c’est le célèbre : « Rodrigue, as-tu du cœur ? », dans Le Cid, de Corneille.
Le courage c’est l’audace, celle de celui qui surmonte sa peur pour affronter une situation difficile, en prenant des risques, bien sûr, mais en les ayant pesés.
(2) Témérité vient de « temeras » : hasard aveugle, irréfléchi (in le Dictionnaire Historique de la Langue Française) : c’est une forme de hardiesse imprudente, inconsidérée allant jusqu’à la présomption
(3) In La fin du courage, Cynthia Fleury, Fayard 2010
(4) Cf. Ethique à Nicomaque

 

3 commentaires(s)

 

1. par Nicolas K

J'aime bien cette époque où le courage signifiait aussi bien la bonté que la vertu guerrière... Ce qui me fait penser à deux autres qualités que doivent certainement avoir le coach : encourager, et responsabiliser (soi et l'autre). Du coup, "je te dis, orgueilleux templier, que, dans les plus sanglantes batailles, tu n’as jamais déployé plus de courage que n’en ont montré les femmes dévouées à la souffrance par l’affection ou par le devoir." — (Walter Scott, Ivanhoé, Traduction de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820). De là que le coach doit, pour bien faire, déployer toute sa... féminité.

2. par Nicolas De Beer

Cher lecteur,
Oui, à mon avis, la décision prise d'une initiative personnelle, le mouvement peut aller de soi, d'évidence. Et de la perspective de dépassement de soi, du courage, nous pouvons passer au mouvement, celui de vigilance qui accueille le présent, et qui se demande de quoi sera faite la seconde suivante.
Quant à la facilité, nous privilégierons la piste de la facilité à celle de l'efficacité, et avancer ainsi d'un pas assuré. Gagner en facilité, gagner en temps passé.

3. par Alain Le Faucheur

Je prends mon courage à deux mains pour oser exprimer mon point de vue, mes idées, mes réactions... Pourtant, ce courage est facile car il suffit de le laisser faire. Donner mon avis sur ce que je vois et entends est d'abord une source de plaisir personnel, la peur dépend de ma sensibilité vis à vis de ce que "les autres" diront où pourraient dire (encore plus puissant!). Si je dépasse ma peur, je me sens libéré, mon corps et mon esprit se détendent, physiquement je respire mieux et c'est tout un système qui s'active et se ré-active. Une suite possible à cet article sur le courage, pourrait être la notion de facilité. Curieusement, poser un acte juste pour soi peut s'accompagner d'une certaine facilité et d'une joie intérieure (une musique...) plus ou moins partagée avec l'environnement immédiat. Poursuivre ce chant peut sembler spectaculaire, vu de l'extérieur, mais la dynamique est à la fois douce et détachée des logiques "trop" externes. Poser l'acte courageux se fait alors comme une évidence, une intelligence propre au processus. Le courage du marin qui se retrouve dans la tempête, repose essentiellement sur son expertise (sa relation aux expériences passées), ses équipements,son bon sens et la place qu'il accorde à son intuition personnelle...

Au plaisir de vous lire à nouveau!


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