Les 7 savoirs nécessaires à l'éducation du futur

 

Michel Saucet

 

Edgar MORIN nous livre, depuis maintenant quelques décennies, une réflexion décapante sur les fondements idéologiques de nos sociétés qui, confondant idéologies et idées, évaluent le monde à l'aune de notre bonne vieille rationalité occidentale. Sa démarche atteint peut-être sa puissance maximum dans cette somme que constitue la série de "La méthode"(1), une imposante et importante réflexion épistémologique dont la lecture est nettement plus difficile que celle de l'ouvrage présenté, même si elle est chaudement recommandée.

Dans son livre " Les 7 savoirs nécessaires à l'éducation du futur" Edgar MORIN déploie sa démarche sur un autre registre, plus simple, plus sociétal, donc plus important. Ses aficionados ne seront pas déçus. Il veut "dégager et expliciter (en 130 pages) les 7 thèmes qui doivent … devenir fondamentaux dans nos enseignements". Bien sûr, il ne s'agit pas de faire l'inventaire des connaissances de base dont la maîtrise qualifierait l'honnête homme du 21ème siècle. Le projet est infiniment plus ambitieux puisqu'il est ici question de connaissances dont la mise en œuvre, en action, nous permettrait enfin de" …sortir du 20ème siècle"(2).

Quels sont donc ces 7 savoirs ? Ils sont développés dans 7 chapitres dont je reprend les titres in extenso.

1 - Les cécités de la connaissance : l'erreur et l'illusion
Méfions-nous, nous avertit l'auteur, la connaissance n'est pas un outil ready made qui s'appliquerait là où ce serait nécessaire. Nous devons le questionner. "Une connaissance n'est pas un miroir des choses ou du monde extérieur. Toutes les perceptions sont à la fois des traductions et reconstructions cérébrales à partir de stimuli ou signes captés et codés par les sens". De plus "aucun dispositif cérébral ne permet de distinguer l'hallucination de la perception, le rêve de la réalité, l'imaginaire du réel, le subjectif de l'objectif". Et Edgar MORIN de nous proposer une sorte de généralisation du principe d'incertitude, l'incertitude de la connaissance. "L'incertitude qui tue la connaissance simpliste est le détoxifiant de la connaissance complexe".

2 - Les principes d'une connaissance pertinente
Nous avons pris l'habitude de découper le monde en domaines correspondants à des champs théoriques circonscrits ou, en d'autres termes, nous nous intéressons aux parties en feignant d'ignorer qu'elle relèvent d'un tout, voire au détriment de l'intelligibilité. "Il est nécessaire de développer l'aptitude naturelle de l'esprit humain à situer toutes ses informations dans un contexte et un ensemble."

3 - Enseigner la condition humaine
L'enseignement traditionnel nous offre une connaissance fragmentée de l'être humain qui est vu à travers les filtres de la biologie, de la psychologie, de l'histoire, de la culture, etc. Toutes ces disciplines, importantes et utiles bien évidemment, ne nous apprennent pas ce qu'est un être humain. "… chacun devrait prendre connaissance et conscience à la fois du caractère complexe de son identité et de son identité commune avec tous les êtres humains". Cela impose-t-il la création d'une nouvelle science ? Pas obligatoirement car "… il est possible, à partir des disciplines actuelles de reconnaître l'unité et la complexité humaines en rassemblant et organisant des connaissances dispersées dans les sciences de la nature, les sciences humaines, la littérature et la philosophie, et de montrer le lien indissoluble entre l'unité et la diversité de tout ce qui est humain".

4 - Enseigner l'identité terrienne
A l'ère planétaire du 16ème siècle a succédé la mondialisation de la fin du 20ème siècle. Nous assistons d'ailleurs au paradoxe de la mondialisation de l'économie générant son négatif, la balkanisation. Plus le monde devient un tout, plus il est divisé. Submergées par cet énorme raz de marée technico-industriel certaines communautés ressentent le besoin de se relier à leur sources, de retrouver leur identité à travers des revendications d'autonomie culturelle, linguistique, etc.
"Conçu de façon seulement technico-économique, le développement est à terme insoutenable. Il nous faut une notion plus riche et complexe du développement qui soit non seulement matériel mais aussi intellectuel, affectif, moral …"
"Le 20ème siècle n'a pas quitté l'âge de fer planétaire; il s'y est enfoncé."

5 - Affronter les incertitudes
Jusqu'à la moitié du 20ème siècle, nos sociétés occidentales se sont nourries de l'illusion que la science était capable de décrypter le monde et d'en donner des représentations intelligibles. Le savoir peut résoudre tous les problèmes y compris les problèmes de société, il suffit d'attendre, nous finirons bien par dominer tous les problèmes. Las, le mythe du progrès scientifique générateur de progrès humain s'est effondré, l'incertitude a fait place à notre belle sérénité et l'expansion hégémonique du système occidental est remise en question. Que ce soit dans les sciences dures, la biologie, l'histoire, l'économie, etc. Il nous faut désormais accepter que l'incertitude soit intégrée à nos représentations du monde. "Le surgissement du nouveau ne peut être prédit, sinon il ne serait pas nouveau".

6- Enseigner la compréhension
"La compréhension est à la fois moyen et fin de la communication humaine". Nos cursus scolaires n'intègrent pas l'étude de la compréhension humaine. Or celle-ci n'a de chance de survenir que si nous acceptons de changer de mentalité, c'est-à-dire d'éradiquer de nos sociétés le mépris, le racisme et les différentes formes d'intégrisme.

7 - L'éthique du genre humain
Edgar MORIN nous invite, enfin, à construire une nouvelle éthique, une anthropo-éthique, qui se fonde sur une conception du "caractère ternaire de la condition humaine qui est à la fois individu, espèce et société." (3)
Car, nous dit-il "… l'éthique individu espèce nécessite un contrôle mutuel de la société par l'individu et de l'individu par la société, c'est-à-dire la démocratie; l'éthique individu espèce appelle au 21ème siècle la solidarité terrestre (3).

Il ne m'est pas possible en si peu de lignes, de résumer un travail aussi riche que ce message d'Edgar MORIN. Et, quand bien même je disposerais de plus d'espace, la sagesse, la prudence, m'obligent à dire qu'on ne s'approprie pas instantanément une telle pensée.
Donc, un ouvrage à découvrir de toutes urgences, à faire lire à vos enfants, parents, amis, et ennemis. Quand vous l'aurez lu, médité, quand vous en aurez discuté, l'effet MORIN se produira : vous serez encore plus intelligents. On ne va tout de même pas continuer comme ça !

 

NOTES
(1) "La méthode" comprend aujourd'hui les ouvrages suivants : "la nature de la nature"; "la vie de la vie"; "la connaissance de la connaissance"; "les idées, leur habitat, leur vie, leurs mœurs"; "l'Humanité de l'Humanité"; Seuil.
(2) Référence à un ouvrage du même auteur : "Pour sorti du XXème siècle", Seuil 1984
(3) Dans le livre d'Edgar MORIN, l'interaction entre trois termes est représenté par des flèches

 

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